Yemen/coup d’état: le palais présidentiel sous controle des milices chiites

yemen

Le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi a rencontré mercredi dans sa résidence à Sanaa l’un de ses conseillers représentant les milices chiites qui ont pris le contrôle du palais présidentiel, selon son entourage.

Outre ce conseiller, Saleh al-Sammad, le chef de l’État a rencontré plusieurs autres conseillers et chefs tribaux, signifiant qu’il assume la charge présidentielle.

Mardi les miliciens chiites du groupe Ansaruallah avaient encerclé la résidence de M. Hadi, mais mercredi ils se sont retirés des environs immédiats du bâtiment et ont établi des barrages routiers à quelque 200 mètres plus loin.

Le premier ministre yéménite, Khaled Bahah, a quant à lui quitté mercredi la résidence du centre de Sanaa où il était bloqué depuis deux jours par les miliciens chiites après avoir négocié sa sortie, a annoncé un porte-parole du gouvernement.

M. Bahah a pu quitter en voiture cette résidence, appelé le palais de la République, vers une «destination sécurisée», a ajouté le porte-parole, Rajeh Badi, sans autres précisions.

Des miliciens chiites lourdement armés avaient encerclé lundi soir la résidence de M. Bahah, quelques heures après des tirs ayant visé son convoi.

Le convoi du premier ministre avait essuyé des tirs de miliciens chiites après sa participation à une réunion avec le président Abd Rabbo Mansour Hadi. M. Bahah en était sorti indemne, selon la ministre de l’Information Nadia al-Sakkaf.

Depuis l’enlèvement, samedi, de son chef de cabinet Ahmed Awad ben Moubarak, M. Hadi tente d’engager des discussions pour trouver une issue à la grave crise.

Les miliciens chiites ont rejeté le projet de Constitution sur un découpage fédéral du pays et réclament une participation plus large au pouvoir.

M. Sammad, qui appartient à Ansaruallah, a été nommé conseiller du chef de l’État conformément à l’accord politique signé le 21 septembre, jour de l’entrée des miliciens chiites dans la capitale.

Cet accord avait permis de mettre fin aux combats à Sanaa entre miliciens et forces de sécurité. Son volet prévoyant le retrait des combattants chiites de la capitale n’a jamais été appliqué.

Une rencontre plus élargie, regroupant les représentants des principales forces politiques du pays, était prévue plus tard dans la journée de mercredi, selon l’entourage de M. Hadi.

De violents combats ont opposé lundi et mardi des soldats gouvernementaux aux miliciens chiites dans plusieurs secteurs de la capitale, faisant au moins 18 morts et des dizaines de blessés, selon des sources médicales. Les miliciens ont fini par prendre le contrôle du palais présidentiel dans le sud de Sanaa.

La crise s’étend au sud

Les autorités dans le sud du Yémen ont fermé mercredi l’aéroport international et le port d’Aden pour dénoncer le «coup de force» des miliciens chiites qui se sont emparés du palais présidentiel dans la capitale Sanaa.

La communauté internationale s’inquiète de plus en plus de l’aggravation de la situation au Yémen, pays allié des États-Unis dans la lutte contre Al-Qaïda.

Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné mardi les attaques des miliciens chiites contre le palais et la résidence du président Abd Rabbo Mansour Hadi, qu’il considère comme «l’autorité légitime» du Yémen.

Particulièrement préoccupés, les États du Golfe, voisins du Yémen, devaient en discuter dans l’après-midi en Arabie saoudite.

Signe de l’extension de cette crise, le Comité de sécurité de la province d’Aden a décidé la fermeture de l’aéroport et du port de la grande ville du sud pour protester contre les «atteintes au symbole de la souveraineté nationale et de la légalité constitutionnelle qui est le président» Hadi.

Le Comité rend les miliciens chiites «responsables de la sécurité» du président, du premier ministre Khaled Bahah et du directeur de cabinet du président, Ahmed Awad ben Moubarak, qu’ils ont enlevé samedi. MM. Hadi et ben Moubarak sont originaires du sud.

À Sanaa, un calme précaire régnait mercredi, des miliciens chiites, appelés houthis du nom de leur chef, étant déployés en nombre dans les secteurs théâtres d’affrontements lundi et mardi.

Leur jeune chef Abdel Malek al-Houthi a fustigé, dans un discours télévisé mardi soir, les autorités et menacé le président Hadi, qui se trouvait mercredi dans sa résidence dans l’ouest de Sanaa, selon un membre de son entourage.

«Toutes les options sont ouvertes dans cette action», a déclaré le leader chiite, un poignard recourbé en bandoulière. «Personne, qu’il soit président ou non, ne sera au-dessus de nos mesures s’il fomente un complot contre le pays», a-t-il averti.

M. Houthi a par ailleurs assuré que son mouvement, Ansaruallah, était prêt à faire face à «toute mesure» du Conseil de sécurité de l’ONU. «Nous sommes prêts à faire face aux conséquences, quelles qu’elles soient».

Les miliciens Houthis ont pris d’importantes quantités d’armes et d’autres équipements militaires qui étaient entreposés dans l’immense complexe du palais présidentiel, ont rapporté des témoins.

Ils ont réussi à pénétrer dans ce complexe après deux jours de combats avec la garde présidentielle qui ont fait au moins 18 morts depuis lundi, selon des sources médicales et sécuritaires.

Dans son discours, Abdel Malek al-Houthi a accusé le président de couvrir «la corruption» qui règne au plus haut sommet de l’État. Il a rendu hommage à «la grande armée yéménite» qui est «consciente de sa responsabilité pour protéger le pays» et ne doit «jamais être un instrument aux mains d’une quelconque partie qui complote contre le pays».

Des responsables militaires favorables au chef de l’État ont accusé des fidèles de l’ex-président Ali Abdallah Saleh de soutenir activement les miliciens Houthis depuis leur entrée dans la capitale le 21 septembre.

Chassé du pouvoir à la suite d’un soulèvement populaire en 2011, M. Saleh garde une forte influence et des réseaux qu’il a soigneusement tissés dans l’armée et parmi des tribus durant ses 33 ans de présidence.

M. Houthi a reproché aux autorités de ne pas avoir associé suffisamment son mouvement à la rédaction du projet de Constitution, qui prévoit un État fédéral composé de six régions.

Il a estimé que ce projet démantèlerait le Yémen et exigé sa réécriture. La milice chiite n’a cessé d’exiger un accès à la mer dans le redécoupage envisagé dans le projet de Constitution.

 

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *