Un membre présumé d’Al Qaïda travaillait à la base de Valcartier

 

Pendant 15 ans, il est resté sous le radar. Aujourd’hui, les services secrets canadiens croient avoir démasqué un membre d’Al-Qaïda qui a eu accès à la base de Valcartier grâce à son travail de camionneur, et qui souhaite se lancer dans le transport vers les États-Unis dès que possible.

Zouhair El Maghraoui, 49 ans, n’est accusé d’aucun crime au Canada, mais les autorités canadiennes ont accumulé assez de preuve pour le déclarer «interdit de territoire» et exiger son départ du pays “à titre de membre d’une organisation terroriste».

Selon la preuve déposée récemment en Cour fédérale, le ressortissant tunisien est arrivé à l’aéroport de Mirabel en 1995 grâce à un faux passeport. Il a demandé le statut de réfugié parce qu’il se disait persécuté en Tunisie, mais en 1997, le Canada a refusé de lui octroyer l’asile.

Dans une entrevue récente avec un agent fédéral chargé de son dossier, il a reconnu avoir inventé ces persécutions. «Tout le monde fait une petite histoire pour être accepté”, a-t-il expliqué.

Un an après qu’on lui ait refusé le statut de réfugié, El Maghraoui demande au Canada de lui accorder un statut de résident permanent pour motifs humanitaires, car il s’est marié et a eu des enfants avec une Montréalaise. C’est alors que le Service canadien de renseignements de sécurité (SCRS) découvre des zones d’ombre inquiétantes dans son histoire.

Des liens douteux

Selon l’enquête, El Maghraoui serait lié de près à des membres d’Al-Qaïda et aurait fréquenté l’entourage d’Ahmed Ressam, ce Montréalais arrêté pour avoir voulu faire sauter l’aéroport de Los Angeles à la veille de l’an 2000.

Il a aussi menti ou changé de version plusieurs fois lorsqu’on l’a interrogé à ce sujet.

De longs extraits sont censurés dans le rapport du SCRS déposé en Cour. Une partie de la preuve a été cachée à El Maghraoui et à son avocate, car «sa divulgation porterait atteinte à la sécurité nationale ou la sécurité d’autrui».

Le document précise cependant qu’avant de tirer des conclusions, le SCRS s’est assuré plusieurs fois, lors de rencontres avec El Maghraoui, que personne d’autre que lui et sa famille n’utilisait sa ligne téléphonique et son adresse pour envoyer ou recevoir des messages.

La preuve rendue publique démontre par ailleurs qu’El Maghraoui travaille depuis 2004 comme camionneur au Québec et qu’il a été employé par plusieurs importantes compagnies de transport. Il dit avoir voyagé à Toronto, à Ottawa, à Kingston et “à la base militaire de Québec» dans le cadre de son travail, ce qui a semblé intéresser les autorités.

Transport vers les États-Unis

Surtout, le SCRS a souligné un point après l’avoir interrogé: El Maghraoui a dit souhaiter faire du transport en camion vers les États-Unis dès qu’il obtiendrait sa résidence permanente lui donnant accès aux documents de voyage requis.

Les autorités ont aussi trouvé suspect le fait qu’un montant de 30 000$ soit apparu récemment dans son compte bancaire, alors que lui, sa femme et leurs enfants tirent pourtant le diable par la queue. Selon l’agente d’immigration, cet afflux soudain d’argent «laisse croire à des activités douteuses, voire illégales».

El Maghraoui a clairement démontré devant les tribunaux comment sa famille et lui-même vivraient de grandes difficultés s’il était expulsé du Canada, mais la Cour fédérale vient de donner raison à Citoyenneté et immigration Canada, selon qui les risques pour la sécurité nationale pèsent plus lourd que cet inconvénient

 

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