Ukraine/contestation: la rue obtient la tête du premier ministre Mykola Azarov

Le premier ministre ukrainien, Mykola Azarov, a annoncé mardi sa démission, tandis le Parlement a abrogé une série de lois répressives pour tenter de régler la crise que traverse l’Ukraine dont l’UE et la Russie vont débattre le même jour à Bruxelles.

Le président Viktor Ianoukovitch a accepté la démission du premier ministre Mykola Azarov et de l’ensemble du gouvernement, selon un décret publié, mardi, sur le site de la présidence.

Le gouvernement actuel continue cependant de travailler en attendant la formation d’une nouvelle équipe, est-il précisé.

«J’ai pris la décision de demander au président (Viktor Ianoukovitch) d’accepter ma démission du poste de premier ministre, pour créer les conditions supplémentaires d’un compromis politique et d’un règlement pacifique du conflit», a écrit M. Azarov dans un communiqué publié sur le site internet du gouvernement.

«Ce n’est pas la victoire, mais un pas vers la victoire», a aussitôt réagi Vitali Klitschko, l’un des principaux chefs de l’opposition.

«Il faut que tous démissionnent. Pas seulement Azarov, mais tout le gouvernement», s’emporte, quant à elle, Véra, une opposante interrogée dans la rue à Kiev.

«Depuis l’indépendance de l’Ukraine (1991), et même sous l’URSS, on n’avait jamais battu des enfants et enlevé des gens. On n’imagine ça que dans les cauchemars. Qu’ils démissionnent tous ! «, renchérit Alina.

Au Parlement, réuni depuis la matinée en session extraordinaire, les lois du 16 janvier qui répriment presque toute forme de manifestation, ont été annulées.

Elles avaient été fermement dénoncées par les Occidentaux et ont entraîné la radicalisation du mouvement de contestation né du refus du président ukrainien fin novembre de signer un accord de libre-échange avec l’UE, y préférant un rapprochement avec Moscou, ce qui a été vécu par beaucoup comme une trahison.

Cette législation prévoyait des peines allant jusqu’à cinq ans de prison pour le blocage des bâtiments publics et des amendes ou une détention administrative pour les manifestants portant des masques et des casques, comme de nombreux contestataires actuellement à Kiev.

Elle punissait par ailleurs de travaux d’intérêt général les auteurs de diffamation sur l’internet, ce qui a été vu comme une forme de censure.

361 députés ont voté l’abrogation de ces lois, deux contre, un résultat accueilli par de nombreux applaudissements dans la salle, où le Parti des régions de Viktor Ianoukovitch est majoritaire.

La séance a ensuite été ajournée jusqu’à 9h (à Montréal). Les élus devront alors notamment débattre d’une amnistie des manifestants interpellés pendant les heurts avec la police.

Une minute de silence avait été observée en début de séance à la mémoire des personnes tuées à Kiev dans les récentes violences (trois selon un bilan officiel).

Européens et Russes discutent de la crise

Européens et Russes, qui s’accusent mutuellement d’ingérence dans les affaires intérieures de l’Ukraine, se retrouvent parallèlement pour un bref sommet s’annonçant largement dominé par la situation dans cette ex-république soviétique.

Le président Vladimir Poutine doit s’entretenir avec les principaux responsables de l’UE, dont Catherine Ashton, le numéro un de la diplomatie européenne.

Cette dernière partira ensuite pour une visite de 48 heures à Kiev, où elle doit rencontrer le chef de l’Etat ukrainien, ainsi que les dirigeants de l’opposition.

Côté américain, le vice-président Joe Biden a prévenu M. Ianoukovitch, au cours d’une conversation téléphonique, que «décréter l’état d’urgence ou prendre toute autre mesure sécuritaire aussi sévère ne ferait qu’aggraver la situation».

Dans la capitale ukrainienne, dont le centre ressemble de plus en plus à un camp retranché avec ses hautes barricades, le calme était revenu après les incidents, parfois violents, des semaines précédentes.

Au ministère de la Justice, occupé de dimanche soir par des opposants radicaux qui l’ont par la suite évacué, deux policiers en civil montaient la garde mardi matin devant l’entrée, a rapporté un journaliste de l’AFP.

Les négociations entre le président, qui a fait des concessions, et l’opposition s’étaient intensifiées ces derniers jours.

Toutefois, Arseni Iatséniouk, chef de file des députés de la formation Patrie de l’opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, a formellement refusé lundi soir le poste de premier ministre que lui avait proposé samedi M. Ianoukovitch.

Quant à l’ancien champion de boxe Vitali Klitschko, il a dénoncé un cadeau «empoisonné» destiné à «diviser l’opposition».

Hors de Kiev, le siège de l’administration est occupé par les contestataires dans dix des 25 provinces

 

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