Syrie : l’armée aurait mené une attaque au gaz sarin ce mercredi

Au moins cent personnes ont été tuées ou blessées mercredi dans des bombardements de l’armée syrienne visant la région de Damas, a indiqué l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), des militants accusant le régime d’avoir fait usage de gaz toxiques, alors que l’opposition syrienne a accusé la communauté internationale d’être complice, par son silence, de l’attaque «à l’arme chimique», avançant le chiffre de plus de 1300 morts.

Lors d’une conférence de presse à Istanbul, George Sabra, un dirigeant de l’opposition syrienne, a en outre estimé que ce carnage avait porté un coup de grâce aux efforts internationaux pour trouver une issue politique au conflit qui a fait plus de 100 000 morts depuis mars 2011.

«Au moins cent personnes ont été tuées dans des bombardements contre la province de Damas. Ce chiffre augmentera certainement. Les raids et les bombardements continuent et la puissance de feu est considérable», a affirmé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), qui n’a pas voulu se prononcer sur l’utilisation éventuelle d’armes chimiques évoquée par des militants.

Les Comités populaires de coordination (LCC) parlent pour leur part de plusieurs «centaines de morts», mais ce bilan ne pouvait être vérifié auprès d’autres sources. «Plus de 650 personnes tuées dans une attaques aux armes chimiques en Syrie», affirme l’opposition sur son compte officiel twitter.

Des bombardements d’une très grande violence contre la banlieue de Damas étaient entendus mercredi matin par les habitants de la capitale, où le ciel était caché par un nuage gris.

«Après minuit, les forces du régime ont intensifié leurs opérations militaires dans les zones de la Ghouta orientale et la Ghouta occidentale, dans la région de Damas, en ayant recours à l’aviation et aux lance-roquettes», a indiqué à l’AFP le président de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Il a précisé que l’opération se concentrait sur la localité de Madhamiyah el-Cham au sud-ouest de la capitale, soulignant qu’il s’agissait du «bombardement le plus violent sur cette localité depuis le début de la campagne militaire du régime» dans la région il y a plusieurs mois.

Selon l’OSDH, qui s’appuie sur un large réseau de militants et de sources médicales et militaires, «les forces loyalistes cherchent à reprendre» Madhamiyah.

L’organisation a en outre fait état de «sept raids aériens de l’armée sur des secteurs de la ville de Madhamiyah, alors que la localité était la cible de bombardements violents ainsi que la ville d’Arbine (…). Des combats avaient lieu dans le même temps aux abords des villes de Madhamiyah et Daraya».

Les LCC parlent de «plusieurs centaines de martyrs, et autant de blessés, essentiellement des civils dont des dizaines de femmes et d’enfants, tués par l’utilisation (…) de gaz toxiques de la part du régime criminel sur les localités de la Ghouta-Orientale à l’aube».

Ils accusent «le régime d’avoir commis un crime indescriptible à l’aide d’armes chimiques dans ces zones (…) submergeant les hôpitaux de campagne avec des centaines de victimes alors qu’il y une grave pénurie de matériel médical nécessaire pour les secours».

L’armée syrienne dément

L’armée syrienne a démenti catégoriquement avoir utilisé mercredi des armes chimiques dans la banlieue de Damas, comme l’en accuse l’opposition qui parle de centaines de morts.

«Les allégations sur l’utilisation d’armes chimiques par l’armée arabe syrienne aujourd’hui dans des régions de la banlieue de Damas (…) sont nulles et non avenues et totalement infondées», a indiqué l’armée dans un communiqué lu par un officier à la télévision officielle syrienne.

«Ces allégations (colportées) par les groupes terroristes et les chaînes satellitaires les soutenant ne sont qu’une tentative désespérée de cacher leurs échecs sur le terrain et reflètent l’état d’hystérie et d’effondrement dans lequel se trouvent ces groupes», ajoute le communiqué.

«L’armée poursuivra sa mission nationale en faisant face au terrorisme partout sur le sol de la Syrie (..) pour protéger la patrie de ces groupes terroristes armés», ajoute le texte dans une référence aux rebelles syriens qui cherchent depuis plus de deux ans et demi à renverser le régime du président Bachar al-Assad.

La Commission générale de la révolution syrienne a pour sa part diffusé sur YouTube des vidéos présentées comme illustrant «un massacre épouvantable commis par les forces du régime à l’aide de gaz toxiques, faisant plusieurs dizaines de martyrs et de blessés».

Sur l’une de ces vidéos, on peut voir des enfants dans un hôpital de campagne où on tente de leur fournir les premiers soins et leur mettre des masques à oxygène pour les aider à respirer, alors que des médecins essaient de ranimer d’autres enfants dont les corps ne portent pas de traces de sang et qui paraissent inconscients.

Dans une autre vidéo plusieurs dizaines de corps, dont ceux d’enfants, gisent au sol recouverts à moitié par des draps blancs. «Génocide dans la ville de Madhamiyah avec des armes chimiques», crie le caméraman. Paniqué, il s’interroge : «Mes parents? mon père et ma mère? Où sont-ils?»

L’OSDH a appelé la commission internationale chargée d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques dans le conflit syrien à «se rendre dans les zones sinistrées et assurer un accès afin de permettre l’arrivée d’aides médicales et les secours au plus tôt», et à vérifier les informations faisant état d’usage d’armes chimiques.

Les LCC ont lancé un «appel urgent à toutes les organisations humanitaires internationales y compris la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge ainsi que les ONG de défense des droits de l’Homme et la communauté internationale à agir d’urgence afin de sauver les civils dans la Ghouta, secourir les blessés et briser le blocus médical et alimentaire imposé à ces zones densément peuplées».

Les autorités syriennes ont démenti mercredi avoir eu recours à ce type d’armes, l’agence de presse officielle Sana accusant certaines télévisions satellitaires de diffuser des informations «infondées».

Londres évoquera l’attaque au Conseil de sécurité

Londres va «évoquer devant le Conseil de sécurité de l’ONU» les allégations d’utilisation d’armes chimiques dans les bombardements qui ont eu lieu mercredi dans la banlieue de Damas, a annoncé le chef de la diplomatie britannique William Hague.

«Je suis profondément préoccupé par les rapports qui font état de centaines de personnes, parmi lesquelles des enfants, tuées dans des bombardements et une attaque à l’arme chimique dans des zones rebelles près de Damas», a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères dans un communiqué.

«Le Royaume-Uni va évoquer cet incident devant le Conseil de sécurité de l’ONU», a-t-il encore déclaré.

«J’appelle le gouvernement syrien à autoriser immédiatement l’équipe de l’ONU qui enquête actuellement sur les précédentes allégations d’usage d’armes chimiques à se rendre sur la zone» de l’attaque, a également demandé William Hague.

«Ces allégations ne sont pas corroborées et nous cherchons d’urgence davantage d’informations, mais il est clair que si elles étaient confirmées, cela marquerait une escalade choquante dans l’utilisation des armes chimiques en Syrie», a poursuivi le ministre britannique.

«Ceux qui ont ordonné l’usage d’armes chimiques et ceux qui les utilisent doivent n’avoir aucun doute que nous allons tout faire pour qu’ils rendent des comptes», a-t-il ajouté.

Paris veut l’ONU sur les lieux de l’attaque

Le président français François Hollande va «demander à l’ONU de se rendre sur les lieux de l’attaque», a annoncé mercredi la porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem.

Lors du Conseil des ministres, «le président de la République a dit son intention de demander à l’ONU de se rendre sur les lieux de l’attaque», soulignant que «ces informations demandent évidemment à être vérifiées et confirmées», a-t-elle déclaré devant la presse.

Une équipe de l’ONU se trouve en Syrie depuis plusieurs jours pour enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques dans le conflit.

De son côté, le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères a souligné que «toute la lumière sur les allégations d’utilisation d’armes chimiques lors de ces attaques» doit être faite.

«La France condamne les attaques meurtrières attribuées au régime syrien mercredi 21 août dans la région de Damas et dont le bilan provisoire dépasserait cent morts. Les auteurs de ces actes intolérables devront en répondre», a déclaré Vincent Floreani.

Selon l’opposition syrienne, les attaques à l’arme chimique auraient pu faire plus de 1300 morts

 

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