Québec/drogue : la poste sert de mule aux trafiquants

 

À l’image de ce qui se passe dans les rues au Québec, les saisies postales de drogues de synthèse ont pris considérablement d’ampleur ces dernières années à Montréal et se situent largement au premier rang de toutes les drogues découvertes par les agents des services frontaliers dans les envois internationaux.

Selon des chiffres obtenus auprès de l’Agence des services frontaliers du Canada, plus de 950 saisies de drogues de synthèse ont été effectuées l’an dernier au centre de tri Léo-Blanchette de Postes Canada dans l’arrondissement de Saint-Laurent, comparativement à 25 saisies d’opium, 11 saisies de cocaïne et une seule saisie d’héroïne. De 2009 à 2011, c’est plus de 1000 saisies de drogues de synthèse qui avaient été réalisées chaque année par les agents des services frontaliers au centre de tri Léo-Blanchette.

Contrairement aux autres provinces canadiennes, les drogues de synthèse ont supplanté la cocaïne au second rang des drogues les plus consommées au Québec, après la marijuana. Le marché illicite des drogues de synthèse au Québec est généralement contrôlé par les Hells Angels et le crime organisé asiatique, a confié dernièrement à La Presse le commandant de la Division du crime organisé de la police de Montréal, François Bleau.

Peu de gens le savent, mais un peu plus de 50% de toutes les saisies de drogue chaque année au Canada sont réalisées dans les trois centres de tri du courrier international à Montréal, Toronto et Vancouver. Mais attention, les saisies dont nous parlons ici se comptent en nombre et non pas en quantité. Les quantités découvertes dans les colis postaux sont généralement petites. L’an dernier, environ 18% des saisies postales effectuées au Canada l’ont été au centre Léo-Blanchette.

Saisies de précurseurs

Outre les drogues de synthèse, les agents des services frontaliers saisissent de plus en plus de précurseurs servant à la fabrication des drogues de synthèse, de stéroïdes et du GBL, mieux connu sous le nom de drogue du viol.

Contrairement aux années antérieures, les drogues de culture ne sont plus trouvées dans les colis uniquement durant les périodes des récoltes, mais tout au long de l’année.

« Durant la récolte, il y a certaines drogues que l’on voit davantage, mais elles restent également constantes l’année durant comme par exemple la marijuana. C’est comme pour le khat. Ça peut arriver frais ou ça peut arriver séché. Si c’est séché, c’est durant l’année. Tandis que si ça arrive frais, c’est durant la récolte », explique l’agente de l’ASFC Marlène Attong, basée à Léo-Blanchette.

Des trafiquants imaginatifs

Les trafiquants postaux repoussent toujours plus loin les limites de l’imagination pour ne pas se faire prendre et c’est ainsi que des stupéfiants ont été découverts dans des aliments, des vêtements, des fibres de tapis, des parois de boîtes de carton, des statuettes et même une mascotte, au cours des dernières années.

Et chaque fois qu’une saisie est réalisée, les trafiquants s’adaptent.

« Des fois, les gens vont tenter de passer les stupéfiants d’une autre façon. S’ils savent par exemple qu’à Montréal, une méthode a été découverte, ils vont essayer par d’autres chemins. Ils vont essayer la messagerie ou d’autres modes, ou cesser temporairement, mais on voit toujours la tendance revenir », poursuit Mme Attong.

Les agents affectés au centre de tri Léo-Blanchette ont également découvert dans des colis 105 armes prohibées l’an dernier dont 11 armes à feu sans restriction, prohibées ou à autorisation restreinte.

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Cinq saisies inusitées

>Une boîte de carton

Le 12 avril 2012, les agents des services frontaliers ont découvert 2 kg d’héroïne collés directement sur la paroi d’une boîte de carton contenant des foulards et provenant de la Turquie.

>Un costume de mascotte

En juin 2012, l’appareil à rayons X des agents des services frontaliers a révélé des masses inhabituelles dans les doublures d’un costume de mascotte provenant du Pérou. Après analyse, ces masses se sont avérées être 7,5 kg de cocaïne.

>Des sandales

Le 19 octobre 2012, les agents ont examiné aux rayons X un colis contenant des sandales arrivant de Turquie et ont remarqué des masses brunâtres dans la marchandise. Ils ont ouvert les semelles des sandales et découvert plus de 1 kg d’opium.

>Des tapis

En janvier dernier, les agents ont été intrigués par une odeur parfumée inhabituelle qui s’échappait d’une boîte contenant quatre tapis décrits comme étant des cadeaux. Ils ont gratté les fibres des tapis, découvrant une poudre brune à laquelle le chien renifleur a aussitôt réagi. C’était de l’héroïne, environ 2 kg au total.

>Des statuettes

Le 19 février dernier, les rayons X ont révélé la présence de masses intrigantes dans des statuettes en forme d’animaux provenant de Turquie et dont certaines avaient été brisées durant le transport. Les agents ont ouvert la boîte et les bibelots, et découvert plus de 6 kg d’opium.

 

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