Longueuil/accident: un témoin identifie le policier de la SQ comme principal responsable

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Madeleine Noiseux attendait l’autobus le matin du 13 février 2014 lorsqu’elle a vu une voiture noire filer à vive allure. Elle l’a suivie des yeux le temps de la voir percuter de plein fouet une autre voiture, avec à son bord un père et deux enfants.

«Quand j’ai vu, cette semaine, qu’ils ont mis ça sur le dos du père, j’ai été très choquée! Je n’en revenais pas, a expliqué Madeleine Noiseux à La Presse. C’est le policier qui est en faute!»

Ce policier, qui conduisait une voiture banalisée, participait à une opération de filature d’un ancien directeur du Parti libéral du Québec, Robert Parent.

Mme Noiseux sait bien ce qu’elle a vu. Et pourtant, vendredi, Me René Verret, porte-parole du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP), s’est notamment appuyé sur son témoignage pour justifier sa décision de ne pas porter d’accusations contre le policier. Il citait une femme qui attendait l’autobus et qui a affirmé que le père de Nicholas Thorne-Belance, le garçon de 5 ans tué dans l’accident, «aurait dû attendre» avant de tourner. Ce témoin estimait par ailleurs la vitesse de la voiture du policier à environ 80 km/h.

La Presse est retournée hier à Saint-Hubert (Longueuil) à l’intersection des boulevards Gaétan-Boucher et Davis, où l’accident s’est produit. C’est dans ce quartier résidentiel que nous avons retrouvé Madeleine Noiseux.

Malgré les mois qui ont passé, elle se souvient très bien de cette journée. Elle revoit la scène, entend le bruit de la collision et les cris qui ont suivi.

«Quand j’ai vu passer la voiture noire [conduite par un policier de la SQ], j’ai trouvé qu’il roulait vite. C’est difficile d’estimer la vitesse de la voiture. Mais jamais je n’aurais pensé qu’il roulait à 122 km/h dans une zone de 50. Quand je l’ai appris cette semaine aux nouvelles, j’ai été la première surprise», a expliqué Mme Noiseux.

«Est-ce que le père aurait dû attendre avant de tourner? Est-ce que j’aurais attendu si j’avais été à sa place?, se questionne Mme Noiseux. C’est facile de dire “oui” maintenant quand on sait ce qui est arrivé… Peut-être que les deux conducteurs n’ont pas bien évalué leurs distances, mais le père ne pouvait s’attendre à ce que quelqu’un roule à 122 km/h!», a dit la dame en soupirant.

Des enquêteurs ont rencontré Mme Noiseux à une occasion, au lendemain du drame. Elle ne les a plus revus depuis, et s’est dite étonnée des conclusions du DPCP.

Le porte-parole du DPCP a indiqué vendredi que le père, Mike Belance, avait réalisé une manoeuvre risquée en tournant à gauche. Dans les heures suivant le drame, le père a déclaré aux policiers qu’il avait remarqué que la voiture arrivait «à grande vitesse». Le feu de circulation était vert pour les deux conducteurs. Mais le DPCP a souligné que le feu ne clignotait pas, ce qui signifie que le père n’avait pas la priorité.

Même si le DPCP ne compte pas déposer d’accusations contre le policier impliqué dans le drame, le gouvernement n’exclut pas la possibilité que la ministre de la Justice Stéphanie Vallée intervienne.

Mme Vallée était restée discrète la semaine dernière afin de respecter l’indépendance de l’institution, avait-elle affirmé. Un article de la loi lui permet toutefois de se saisir d’un dossier du DPCP. Le premier ministre Philippe Couillard a déclaré hier matin lors d’un rassemblement partisan à Rivière-des-Prairies, à Montréal, que la ministre étudiait le dossier.

«On voulait que le Directeur des poursuites criminelles et pénales rencontre la famille, ce qui a été fait. Une analyse a été transmise à la ministre de la Justice, c’est en cours, on aura l’occasion de revenir sur la question», a déclaré M. Couillard.

 

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