L’intégral du discours de démission du maire de Montréal Gérald Tremblay

Voici le discours intégral de démission prononcé par Gérald Tremblay, lundi soir:

Ce soir, j’ai voulu m’adresser à vous, Montréalaises et Montréalais, directement.

J’aimerais vous dire qu’après 25 années au service de la collectivité, je quitte la vie publique.

Jadis, mon père m’avait dit de ne pas aller en politique parce que c’était sale et qu’on allait me détruire. Mais ma passion et mon amour du Québec et de Montréal ont tracé la voie que je devais suivre.

J’y ai consacré toutes mes énergies et j’ai donné le meilleur de moi-même.

En 2001, quand j’ai décidé de briguer la mairie de la nouvelle ville de Montréal, je savais que j’héritais d’une ville techniquement en faillite, avec un déficit démocratique, un sousinvestissement chronique dans les infrastructures,  peu de compassion pour les plus démunis de notre société, pas de plan de transport, un moratoire sur les acquisitions des espaces verts, pas de politique culturelle, et  aucune vision commune pour la Communauté métropolitaine de Montréal.

Lors de mon assermentation, j’ai dit que c’était le défi d’une vie, le défi de ma vie.

Dans l’espoir d’avoir l’appui du Gouvernement du Québec qui devait à cette époque créer une nouvelle ville, je me suis dédié entièrement à la réussite de Montréal, fort de mes valeurs judéo-chrétiennes d’entraide, de solidarité, d’intégrité, d’ouverture, de respect, de dignité humaine, de justice sociale et de paix.

Les onze dernières années ont été riches de moments inoubliables. Mais j’ai également vécu des moments très difficiles et ardus, un calvaire, que je ne souhaite à personne.

La fusion, le mandat inachevé du comité de transition, des heures, des nuits, des jours, des mois, des années à innover, à concilier les volontés des élus des arrondissements de l’ancienne ville et ceux des anciennes banlieues, à gérer les relations humaines et le quotidien de la Ville.

Pour qu’ensuite, en 2004, un nouveau gouvernement permette, au nom de la démocratie, la défusion qui créa une autre période de tourmente et de réorganisation.

Malgré le manque d’appui des gouvernements, nous avons redonné une voix aux citoyens avec entre autres, une période de questions au conseil municipal, la création du poste d’Ombudsman et la Charte montréalaise des droits et responsabilités.

La situation financière s’est améliorée, et a été qualifiée d’une cote de crédit Moody’s Aa2. Elle demeurera toutefois toujours fragile tant et aussi longtemps que sa principale source de revenus sera les taxes foncières. La ville se revitalise et s’embellit, des gestes concrets sont posés pour aider les plus démunis de la société, le transport en commun est enfin reconnu comme prioritaire, les stratégies et les politiques sont intégrées en amont des grands chantiers et la Communauté métropolitaine parle maintenant d’une seule voix.

Montréal est une ville UNESCO de design et elle a de grands projets: le Quartier des spectacles, le Technopole de la santé et celui de l’innovation, le Havre de Montréal et bientôt, une première place mondiale dédiée à l’Humain et à la Nature, l’Espace pour la vie. Nous bâtissons notre avenir et celui de nos enfants.

Aujourd’hui, Montréal se développe sur des bases solides, crée de plus en plus de richesse, est active dans plusieurs réseaux internationaux de villes et jouit d’un important rayonnement international. Notre ville est souvent citée comme ville de rêve où il fait bon vivre.

Et en 2017, à son 375e anniversaire, la métropole du Québec aura sa reconnaissance planétaire comme une ville de Créateurs et une métropole culturelle d’envergure internationale.

Soyons-en fiers. Et que l’on commence à se le dire aujourd’hui et pour toujours.

Lors de ma première rencontre avec le directeur général de la ville en 2001, celui-ci m’a dit qu’il y avait des rumeurs à l’effet que des enveloppes brunes circulaient dans les services. Je lui ai demandé ce qu’il avait fait. Il m’a répondu qu’il avait exigé des preuves qu’on ne lui avait jamais donné.

J’ai toujours prôné des valeurs d’intégrité, d’honnêteté et de respect. J’ai consacré toutes mes énergies aux intérêts supérieurs de la ville. Devant l’ampleur des défis à relever, j’ai délégué des responsabilités et fait confiance à mes élus et à la fonction publique municipale.

J’avais beau avoir des doutes, poser des questions, être vigilant, ce n’est malheureusement qu’après les faits que l’on m’a remis des documents, des dossiers et des notes de service internes, datant de 2004, 2006 et 2009.

Lors de la réception de ces informations, j’ai demandé aux fonctionnaires et aux conseillers pourquoi il ne m’en avait pas informé, et pourquoi les personnes en position d’autorité n’avaient rien fait? Avec cette information, je peux vous assurer qu’il n’y aurait jamais eu le présent projet Contrecoeur et le dossier des compteurs d’eau.

On a trahi ma confiance, j’en assume l’entière responsabilité.

À chaque occasion, lorsqu’on m’a informé d’irrégularités, de collusion et de corruption, j’ai agi. L’information a toujours été remise rapidement aux autorités compétentes. J’en produirai les preuves en temps et lieu.

La situation de la Société d’Habitation et de Développement de Montréal (SHDM) a été corrigée en 2008. Le contrat des compteurs d’eau a été résilié.

En 2009, dans la tourmente, j’ai décidé de solliciter un troisième mandat parce que je considérais être la meilleure personne pour terminer le nettoyage. Je souhaite ardemment qu’un jour on reconnaisse que je me suis battu, très souvent seul, contre ce système, cette collusion et cette corruption qui pourtant, selon les révélations de la Commission Charbonneau, existaient depuis au moins 1988.

À ma demande, trois rapports de l’Administration ont été implantés en 2009 et 2010. En matière d’octroi des contrats, la Ville de Montréal a mis en place les processus et les mécanismes de contrôle les plus sévères au Québec.

Dans ce contexte d’allégations, de collusion et de corruption, je me serais attendu à une écoute plus attentive et plus urgente du gouvernement, notamment en ce qui concerne l’obligation d’octroyer les contrats aux plus bas soumissionnaires.

En politique, ce qui semble compter le plus, c’est la perception et non la vérité. Surtout lorsque cette perception est manipulée par des forces multiples et que l’on ne nous donne pas l’opportunité de la révéler, ou que l’on ne nous croit pas lorsqu’on la dit.

La vérité, je l’ai transmise à la Commission Charbonneau. Je n’ai malheureusement pas la possibilité de me défendre parce que je ne fais  pas partie du plan de match de la Commission, du moins à court terme. Mais ce soir je veux vous dire ceci.

Je n’ai jamais été informé, le 2 juillet 2009, qu’il y avait quatre personnes douteuses dans mon entourage. Heureusement, mon directeur de  cabinet était présent lors de cette rencontre et il confirme ces faits. Un jour, l’agenda caché de certaines personnes sera dévoilé.

Je n’ai jamais été présent à une rencontre dans les locaux électoraux d’Union Montréal à Ville St-Laurent en 2004 où j’aurais pris connaissance d’une double comptabilité. Cette rencontre n’a jamais eu lieu. Ces allégations sont fausses tel que le confirme mon agent officiel, qui lui aussi demande d’être entendu dans les plus brefs délais par la Commission.

Je traverse présentement une période d’une injustice insupportable. Je n’ai jamais pensé que je vivrais un tel acharnement dans une société de droit. Mais un jour justice sera rendue.

Je ne peux plus aider dans les circonstances. La réussite de la ville est beaucoup plus importante que mon intérêt personnel.

Je veux que vous sachiez qu’une fois ces bandits partis, les fondations de notre ville sont solides et reposent sur des milliers de femmes et des hommes dévoués, compétents et intègres qui portent, eux aussi, une  passion pour Montréal. Je les remercie de leur appui indéfectible au cours de toutes ces années.

À ma famille politique, j’exprime ma profonde reconnaissance parce que vous avez toujours été là pour le meilleur et pour le pire. J’en conserve des moments et des souvenirs intarissables.

Je tiens à souligner le soutien exceptionnel de Raymond Bachand, et son engagement pour Montréal. Je tiens également à remercier mes proches et fidèles collaborateurs et précieux compagnons de route.

À toutes celles et ceux qui, au cours des derniers  jours, m’ont accompagné et encouragé, je vous dis que le chemin des personnes se croise toujours.

À celles et ceux qui m’ont fait confiance, sachez que je ne vous ai jamais trahi.

Je rentre maintenant à la maison avec la conscience de qui je suis, retrouver celle que j’aime profondément et qui m’a toujours soutenu, mes enfants qui n’auront plus à s’inquiéter et à subir, et prendre un peu plus de temps avec ma famille et mes amis qui ont toujours été à mes côtés et en pensée.

Je fais donc ce que je considère être pour moi l’ultime sacrifice, mon dernier acte d’amour dans l’intérêt supérieur de Montréal.

J’espère sincèrement que la personne que vous choisirez pour me succéder en novembre 2013 aura la même passion que moi pour Montréal.

Bonne soirée

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