La Grèce menacée de nouveau par une crise sociopolitique

La Grèce tournait au ralenti jeudi, après un appel à la grève générale lancé par les deux principaux syndicats grecs, du privé et du public, pour protester contre la fermeture autoritaire de la radiotélévision publique ERT mardi. Une décision qui a choqué l’opinion grecque et le reste de l’Europe.

Des centaines de militants des syndicats du privé et du public, GSEE et ADEDY, de gauche et de nombreux citoyens ont commencé à se rassembler à  8H00 (heure locale) devant le siège de la ERT, situé à Aghia Paraskevi, banlieue nord de la capitale grecque pour dénoncer la poursuite des politiques d’austérité, qui touchent le service public.

La principale banderole déployée devant le grand bâtiment historique de la ERT, où pour la troisième journée consécutive des milliers de citoyens affluaient pour réclamer la réouverture de la radiotélévision, appelait les citoyens «à ne pas restez sans réaction» car «on brade tout».

Les transports en commun à Athènes et les administrations étaient les plus touchés par la grève, lancée mercredi après l’émotion soulevée par la fermeture des chaînes de télévision et des stations de radio du service public mardi soir. La décision du premier ministre conservateur Antonis Samaras de supprimer d’un coup 2700 emplois du secteur public est très controversée.

«C’est Samaras qui doit être licencié, non les employés de la ERT», proclamait une autre banderole des manifestants.

Pour Olga Papaïossif , 41 ans, employée dans une maternelle, qui manifestait devant la ERT «Samaras doit arrêter (…) Ils veulent brader tout en Grèce, la télévision, l’eau, tout (…) et partout en Europe aussi».

Les journalistes de l’audiovisuel étant aussi en grève depuis la veille, aucun bulletin d’information n’était diffusé jeudi. Si les quotidiens ont paru jeudi, ils devraient être absents des kiosques vendredi comme les journalistes de la presse quotidienne ont entamé une grève de 24 heures ce jeudi.

Une dizaine de vols de l’intérieur à l’aéroport international d’Athènes ont été annulés et une cinquantaine ont été reprogrammées dans la journée en raison d’un arrêt de travail des aiguilleurs du ciel, selon une source aéroportuaire.

M. Samaras, dont le parti de droite Nouvelle-Démocratie est le seul de la coalition gouvernementale tripartite à soutenir cette fermeture, a défendu cette décision mercredi soir, en qualifiant l’ERT de «foyer de privilèges, d’opacité et de gaspillage».

Son porte-parole Simos Kédikoglou a détaillé un projet de loi mercredi portant sur la création d’«une nouvelle radio, internet et télévision grecque» qui devrait s’appeler Nerit S.A. et commencer à fonctionner d’ici fin août, avec 1200 employés.

Mais les deux partenaires gouvernementaux, les socialistes du Pasok et de la gauche modérée Dimar, qui se sont opposés à la fermeture de la ERT tout en soulignant la nécessité de sa restructuration, ont appelé M. Samaras à une réunion «tripartite» pour trouver une solution à «la réouverture» de l’ERT.

Le chef des socialistes Evangélos Vénizélos a affirmé mercredi qu’il y avait «une ambiance de crise politique» et a appelé M. Samaras, «à sauvegarder l’unité et l’avenir du gouvernement» de coalition, formé il y a presque un an après les législatives de juin 2012 sur fond d’une crise économique et sociale majeure.

La Une de la presse grecque de jeudi faisait l’écho de ce climat de désaccord au sein du gouvernement, qui pourrait déboucher sur une crise politique.

«Des acrobaties dangereuses (…) comment l’épouvantail des élections apparaît dans l’écran noir de la ERT», titrait Ta Néa (centre-gauche), le plus gros tirage du pays.

«La ERT provoque des remous au sein de la coalition gouvernementale», indiquait le quotidien financier Naftémporiki tandis qu’Eleftheros Typos (droite) affirmait que M. Samaras «était déterminé à changer le modèle du service public».

La fermeture de la ERT est intervenue mardi au lendemain de l’arrivée à Athènes des hauts responsables de la troïka des créanciers, UE-BCE-FMI, qui ont repris le contrôle des comptes grecs et l’évaluation de l’avancée des réformes concernant surtout la restructuration du secteur public, en vue de la poursuite du versement des prêts au pays.

La Grèce s’est engagée auprès de ses créanciers à réduire les dépenses publiques et à licencier des milliers de fonctionnaires d’ici fin 2014, dont 2000 d’ici fin juin 2013.

Mais dans un pays où six ans de récession ont abouti à un taux de chômage à 27%, dont 60% chez les jeunes, l’opposition de la Gauche radicale Syriza et syndicats accusent le gouvernement d’avoir fomenté un «coup d’état» contre le peuple grec, avec la fermeture de la ERT.

Dans toute l’Europe, plusieurs organisations professionnelles des médias ont aussi exprimé leur condamnation, tandis que l’embarras était perceptible du côté des partenaires européens.

La Commission européenne avait dit mercredi prendre note de la décision des autorités grecques de fermer ERT, rappelant toutefois la «place essentielle dans la démocratie européenne» de la télévision publique.

 

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