Irak/élections: 20 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire un président

Des irakiens votent un nouveau président

Des irakiens votent un nouveau président

Les Irakiens ont défié les violences qui ont fait 14 morts mercredi pour se rendre aux urnes à l’occasion des premières élections législatives depuis le retrait américain fin 2011, le premier ministre sortant Nouri al-Maliki se disant «sûr de sa victoire».

Le flot d’électeurs s’est ralenti quelques heures après l’ouverture du scrutin à 7 h (minuit à Montréal), mais le rythme devrait reprendre avant la fermeture des bureaux de vote, étroitement surveillés, à 18 h. Quelque 20 millions d’électeurs sont appelés à choisir 328 députés parmi plus de 9000 candidats.

Les forces de sécurité sont déployées en nombre pour prévenir tout attentat et les voitures ont interdiction de circuler dans Bagdad depuis mardi soir.

Mais le scrutin a déjà été marqué par des attaques qui ont fait au total au moins 14 morts et 35 blessés.

Les autorités ont dénombré plus de 50 attaques, visant principalement des bureaux de vote ou des électeurs.

Au nord de Kirkouk (nord), un attentat a tué deux membres de la commission électorale, tandis qu’à Mouqdadiya, au nord-est de Bagdad, quatre personnes sont mortes dans une explosion.

Au nord de la capitale, des insurgés se sont emparés d’un bureau de vote qu’ils ont détruit aux explosifs après avoir évacué employés et électeurs.

Les violences avaient déjà tué près de 90 personnes ces deux derniers jours.

«Pour un avenir meilleur»

M. Maliki, qui espère un troisième mandat, a voté vers 7 h 30 à l’hôtel Rachid, au coeur de la «zone verte», un secteur fortifié de Bagdad.

Confiant dans son costume gris perle, il a déclaré aux journalistes être «sûr de la victoire». Ce scrutin est «encore plus réussi que le précédent, car il n’y a plus de soldats américains sur le sol irakien», a-t-il dit.

M. Maliki est donné favori, malgré un bilan très critiqué notamment pour n’avoir pas résolu les problèmes du chômage et de la corruption ni remédié au piètre état des services publics, alors que le pays est plongé dans des violences qui font en moyenne 25 victimes chaque jour.

Aucune date officielle n’a été fixée pour le résultat des élections.

«Il faut chasser la plupart des politiciens, parce qu’ils n’ont rien fait, à part se disputer depuis des années», lance Abou Achraf, 67 ans, ancien comptable venu voter à Mansour, dans l’ouest de Bagdad.

Âgé de 91 ans, appuyé sur ses béquilles, Jawad Saïd Kamaleddine est lui aussi venu voter dans l’espoir que «tous les politiciens changent. Ce sont tous des voleurs».

D’autres veulent néanmoins voir M. Maliki, 63 ans, rester à la tête du gouvernement. «Si on ne vient pas voter, à qui va-t-on laisser le pouvoir? … Aux ennemis», affirme Oum Jabbar, venu voter dès 7 h dans la ville sainte chiite de Najaf.

Tensions instrumentalisées

Pour convaincre les électeurs, les 9039 candidats ont tapissé le pays d’affiches, sur lesquelles chacun joue sur son appartenance ethnique et confessionnelle, plus que sur son programme.

Les tensions entre chiites et sunnites, exacerbées notamment par la guerre en Syrie voisine, sont devenues un argument politique instrumentalisé tant par M. Maliki que par les djihadistes. Elles alimentent les violences, qui en avril seulement ont tué plus de 750 personnes.

Les insurgés, dont des djihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), tiennent depuis début janvier, à moins de 100 km à l’ouest de Bagdad, Fallouja et plusieurs quartiers de Ramadi, empêchant la tenue du scrutin dans une partie de la province sunnite d’Al-Anbar.

M. Maliki a su tirer parti des tensions pour focaliser l’attention sur la lutte contre les insurgés, tentant de faire oublier son bilan plus que mitigé.

Selon une règle non écrite, le poste de premier ministre revient à un chiite, les Kurdes détiennent la présidence et les sunnites la tête du Parlement. Or M. Maliki reste le seul chiite ayant l’envergure du  poste.

Sa coalition, l’Alliance pour l’État de droit, a donc de bonnes chances de remporter plusieurs des 328 sièges en jeu. Elle n’est toutefois pas assurée d’obtenir une majorité, d’autres partis chiites venant la défier dans ses bastions du centre et du sud.

Les négociations pour former un gouvernement risquent donc de prendre de longs mois. Après les élections de mars 2010, le gouvernement avait finalement prêté serment en décembre.

 

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