Endetté jusqu’au cou BIXI roule dans le rouge

Une dette accumulée de 42 millions, un déficit d’exploitation de 6,5 millions en 2012, une somme de cinq millions que lui doivent Chicago et New York. Attendues depuis presque six mois, les données financières sur le BIXI sont sorties au compte-gouttes mardi matin au conseil municipal. C’est le responsable du transport au comité exécutif, Réal Ménard, qui les a révélées à la suite des nombreuses questions des élus.

La bonne nouvelle est venue de Québec en milieu de journée. «Le ministère des Finances évalue la possibilité d’une aide de cinq millions pour préserver le BIXI, a indiqué Pierre-Luc Desaulnier, attaché de presse de la ministre déléguée Élaine Zakaïb. On est en discussion avec Investissement Québec. Ça devrait aller vite, étant donné qu’on ne veut pas que la société tombe.» La Société de vélo en libre-service, qui gère le BIXI, «c’est important pour nous, précise M. Desaulniers. C’est quand même 450 emplois directs et indirects.»

En point de presse à Québec, le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée, a confirmé l’intérêt de son gouvernement à venir en aide à BIXI. Il a toutefois prévenu qu’il fallait mettre en place un «solide» plan d’affaires «pour en faire un succès durable».»

Chiffre d’affaires de 45 millions

Devant le conseil municipal, M. Ménard a assuré que le vérificateur général disposait maintenant de toutes les informations nécessaires pour vérifier les états financiers de Société de vélo en libre-service. «Le conseil d’administration (de SVLS) doit resserrer sa collaboration avec le vérificateur général», a-t-il cependant prévenu.

Lundi, dans une lettre déposée au conseil par le maire Laurent Blanchard, le vérificateur général s’est inquiété de la survie de BIXI. Il dit avoir «constaté suffisamment d’éléments probants pour jeter un doute important» sur la capacité de l’organisme à poursuivre ses opérations.

En ce qui concerne la portion montréalaise des activités de BIXI, le déficit est de 1,1 million. Le chiffre d’affaires pour 2012 s’établit à 45 millions. On s’attend à ce qu’il atteigne 57 millions pour l’année en cours.

Les états financiers sont prêts depuis février dernier, a par ailleurs affirmé Réal Ménard. C’est le vérificateur général lui-même qui aurait demandé un délai jusqu’à la fin juin pour les vérifier, compte tenu de la vente des actifs internationaux qui était alors imminente. Cette vente a échoué, a-t-on appris lundi.

M. Ménard a par ailleurs défendu le conseil d’administration de SVLS, qui est la cible de nombreuses critiques depuis lundi pour son manque de transparence. «Ce sont des membres bénévoles, qui sont partis d’à peu près rien en 2009. Le conseil d’administration a bien servi les Montréalais. Il peut y avoir eu des erreurs de parcours, mais je lui suis reconnaissant d’avoir fait rayonner BIXI dans 17 villes et universités à travers le monde.»

Aucun responsable de BIXI n’a retourné les appels de La Presse.

Débat d’urgence

Pour le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, toutes ces turbulences autour de la situation financière délicate de BIXI proviennent de son statut d’entreprise commerciale. «BIXI aurait dû commencer comme un service public. Ça fait trois ans que Projet Montréal remet en question sa gouvernance, sa transparence. M. Blanchard est le troisième maire de suite qui nous dit qu’il ne faut pas s’inquiéter. Pourtant, l’incertitude persiste.»

Un débat d’urgence a par ailleurs été annoncé au conseil municipal cet après-midi.

À la rescousse

Tous les candidats à la mairie se sont dits engagés à assurer la survie du BIXI, peu importe ses difficultés financières. Marcel Côté estime que la gestion du BIXI, «qui s’harmonise bien avec le reste de l’offre de la Société de transport de Montréal», devrait être ramenée à l’interne.

Denis Coderre, lui, a dénoncé les membres du comité exécutif «qui ne prennent pas leurs responsabilités et qui essaient de s’en sauver».« Je demande au conseil de ville qu’on arrête de jouer la game de la procédurite aiguë parce que BIXI c’est une histoire de succès, ça fait partie de la marque de Montréal, a-t-il déclaré en point de presse. Il faut aussi être responsable sur le plan de la gestion.»

Pour assurer une meilleure transparence, Mélanie Joly, elle, propose que des usagers élisent la majorité des membres du conseil d’administration de SVLS. «Le problème financier auquel est confronté cette société est le résultat typique du manque d’imagination de ceux qui nous ont gouvernés à Montréal jusqu’à présent», estime la candidate.

Michel Brûlé, quant à lui, milite pour «une approche globale». Disant s’inspirer de l’expérience allemande, il voudrait notamment équiper les BIXI de GPS qui permettrait de les suivre à la trace, et ainsi abolir les stations. «On laisse le vélo sur le trottoir, et ça finit là. On pourrait se passer des «gros pick-ups» très polluants et coûteux qui redistribuent les vélos, on n’aurait plus besoin des bornes. Ce sont tous des frais inutiles et coûteux.»

 

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