Canada/terrorisme: d’Edmonton à Québec l’État Islamique recrute pour le djihad

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Une Canadienne de 23 ans a rejoint les rangs de l’organisation radicale État islamique en Syrie après s’être radicalisée sur Internet, a indiqué sa famille dans un reportage diffusé mercredi par la chaîne CBC.

Selon sa petite soeur, la jeune femme s’était inscrite à un supposé cours en ligne sur le coran donné par une femme d’Edmonton qui en fait expliquait comment se rendre à Raqqa, «capitale» autoproclamée de l’État islamique.

À la suite de cela, elle s’est envolée à l’été dernier vers la Syrie, bien que des membres des Services canadiens du renseignement de sécurité (SCRS) venaient d’avertir sa famille. «Ils nous ont dit qu’elle était en lien avec des personnes qu’ils pensaient dangereuses et qui l’influençaient dans l’été», a dit à CBC la petite soeur.

La Canadienne n’a plus donné de signe de vie depuis plusieurs jours, selon sa famille qui craint pour sa vie.

Pour le ministre fédéral de la Sécurité publique Steven Blaney, cette affaire démontre la nécessaire adoption d’une réforme antiterroriste controversée. À l’étude actuellement au Parlement, elle permettrait d’enquêter et d’interpeller ce genre de candidats au djihad.

Par ailleurs, la police de Montréal enquête sur la disparition d’une bande de six Québécois âgés de 18 et 19 ans soupçonnés d’être partis rejoindre des groupes djihadistes en Syrie, malgré les efforts désespérés d’un père de famille pour faire échouer l’expédition.

Les six jeunes, quatre garçons et deux filles, ont pris un vol autour du 16 janvier et auraient réussi à atteindre la Turquie, reconnue comme la porte d’entrée vers la Syrie voisine, déchirée par une guerre civile. Ensuite, les autorités canadiennes et leurs familles ont complètement perdu leur trace, selon nos informations.

Les enquêteurs soupçonnent que les voyageurs ont essayé de rejoindre l’un des groupes qui multiplient les massacres en Syrie, comme le groupe armé État islamique ou le Front Al-Nosra. Ils ignorent quel a été le résultat de leurs démarches.

«On n’est pas sûrs qu’il est en Syrie. Peut-être qu’il est mort», laisse tomber le père de Bilel Zouaidia, Lavallois de 18 ans qui fait partie de la bande.

Le SPVM a été alerté le 17 janvier par les proches de certains des jeunes, mais il était déjà trop tard. Maintenant, les policiers se font avares de détails sur les quatre Montréalais et deux Lavallois disparus.

«Oui, des cas nous ont été signalés. Pour nous, c’est une priorité. Tous nos patrouilleurs ont été sensibilisés aux signes de radicalisation. Mais malheureusement, souvent les démarches sont entreprises alors que les gens ont déjà quitté» le pays, explique le commandant Ian Lafrenière.

Scientifique d’origine algérienne ayant immigré au Québec pour offrir un avenir meilleur à ses enfants, le père de Bilel Zouaidia n’aurait jamais toléré que son enfant affiche la moindre sympathie pour des mouvements terroristes qu’il honnit. «S’il avait parlé de ça, je l’aurais exécuté moi-même, monsieur. Je n’aurais jamais accepté», nous dit-il fermement.

«J’ai éduqué mes fils en leur disant: “Vous êtes Québécois, vous êtes Canadiens. On ne crache pas sur notre pays d’accueil.” Mon fils était bien élevé, c’était un modèle jusqu’à ce qu’il disparaisse», dit-il.

Passeport Canada berné

Même si Bilel n’affichait ouvertement aucune sympathie djihadiste, son père sentait que quelque chose clochait chez lui. Craignant qu’il ne quitte le pays, il lui avait confisqué son passeport.

Mais en octobre, le jeune homme s’est rendu dans un poste de police pour déclarer le passeport volé, avant de faire une nouvelle demande et d’obtenir un nouveau document de voyage. Passeport Canada n’y a vu que du feu.

Le père de Bilel est convaincu qu’à ce moment, Bilel était manipulé. «Ce sont des adultes et l’internet [qui influencent les jeunes]. Mais on ne peut jamais contrôler complètement un fils. Je travaille du matin au soir, je ne peux pas dormir à côté de son lit pour surveiller s’il se connecte à l’internet», s’exclame-t-il.

Inquiet, le père avait tenté d’en savoir plus sur les fréquentations de son fils lorsque Bilel s’est inscrit à des cours de religion et de langue arabe. Les cours étaient donnés par le Centre communautaire islamique de l’Est de Montréal sous la supervision du cheikh Adil Charkaoui, dans des locaux loués au collège de Maisonneuve tous les dimanches.

Le père s’est rendu sur place. «Comme un papa poule, juste pour voir qui il fréquentait», dit-il. Il a décidé d’interdire à son fils d’y retourner, notamment parce qu’il savait que le litige opposant Adil Charkaoui aux services de renseignement canadiens n’est toujours pas réglé.

Charkaoui

Adil Charkaoui se souvient de cet épisode. «J’avais interpellé le père, car certaines enseignantes étaient mal à l’aise de voir un adulte rôder. Il a dit qu’il était le père de l’élève, et je lui ai dit que son fils ne fréquentait déjà plus notre école, qu’il n’avait pas payé et avait exigé le remboursement de son dépôt», raconte-t-il.

Selon lui, Bilel Zouaidia avait commencé les cours en septembre pour ensuite abandonner en moins de deux mois. «C’étaient des cours de Coran et d’arabisation. Il avait quelques connaissances de base au sujet de la foi, sans plus. C’était quelqu’un de très discret, de timide», dit-il.

M. Charkaoui a manifesté une vive surprise lorsque La Presse lui a appris le départ du jeune homme vers la Turquie et les soupçons de la police sur son passage en Syrie.

«C’est une douche froide. L’information que nous avions, c’est que ces cas-là ne se retrouvent pas au Québec. On parlait de l’Ontario, du Danemark, d’autres pays. Dans le débat actuel, ça n’aide pas du tout la communauté musulmane», dit-il.

Il croit toutefois que c’est une erreur de retirer un jeune de la mosquée ou d’un groupe religieux lorsqu’il semble aux prises avec des difficultés spirituelles. «Des gens comme Martin Couture-Rouleau ou Michael Zehaf Bibeau, ils avaient été mis au ban de leur communauté, ils étaient isolés. Alors que nous, on fait de la déradicalisation en offrant des activités d’implication citoyenne, des manifestations, des pétitions», dit-il.

Le cégep à l’affût

Le Collège de Maisonneuve, fréquenté autrefois par trois des six disparus, a demandé hier à ses employés de se tenir à l’affût de tout signe de radicalisation.

«Des informations sérieuses nous permettent de croire que quelques-uns de nos jeunes étudiants se sont laissé convaincre de partir pour la Syrie; toujours selon ces mêmes informations, il se pourrait qu’ils aient rejoint des groupes qui leur promettent une vie meilleure, mais qui, en réalité, les endoctrinent dans un mouvement de radicalisation», précise une note interne obtenue par La Presse.

«Les experts de ce phénomène, ainsi que les autorités policières à qui nous avons signalé la situation, nous ont confirmé que la propagande à laquelle les jeunes sont exposés est très sophistiquée et leur propose un idéal de justice et de société auquel ils répondent quelquefois avec enthousiasme», poursuit la note.

La direction demande donc au personnel de maintenir le dialogue avec les jeunes dans un climat de compréhension et de les orienter au besoin vers les intervenants qui pourront tenter de les secourir.

 

 

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