Brésil/élections: Dilma Roussef promet de réconcilier un pays divisé après une victoire étriquée

La présidente brésilienne réelue Dilma Roussef

La présidente brésilienne réelue Dilma Roussef

La présidente de gauche Dilma Rousseff, réélue avec un score serré, va devoir comme elle l’a promis dimanche soir s’atteler dès lundi à réconcilier un pays divisé, donner des gages sur l’économie et la corruption.

Malgré tout fidèles à 12 ans de conquêtes sociales historiques de la gauche, les Brésiliens ont réélu la candidate du Parti des travailleurs (PT) avec 51,64 % des voix contre 48,36 % pour son adversaire de centre-droit Aecio Neves, du Parti social-démocrate brésilien (PSDB).

Les grands médias brésiliens qui penchaient pour M. Neves soulignent lundi qu’il s’agit de «la victoire la plus étriquée de l’Histoire du pays», depuis 1945, précise O Estado de S.Paulo.

O GloboFolha de São Paulo et Estado de S.Paulo soulignent l’abstention record de 26,1 % de l’électorat, soit 37,2 millions de Brésiliens et demandent à Mme Rousseff «d’émettre les premiers signes pour tranquilliser» le secteur productif et les Bourses» en annonçant rapidement son ministre de l’Économie. L’actuel, Guido Mantega, a déjà annoncé son départ «pour raisons personnelles».

La victoire intervient au terme d’une campagne à couteaux tirés, émaillée d’attaques personnelles amplifiées par les réseaux sociaux, qui a radicalisé le clivage gauche-droite dans le géant émergent d’Amérique latine.

Dilma Rousseff, 66 ans, a perdu beaucoup de terrain par rapport à sa première élection en 2010, dans l’euphorie finissante du miracle socio-économique de la présidence de son mentor Luiz Inacio Lula de Silva (2002-2013).

Elle avait alors gagné haut la main avec 56,05 % des voix contre le candidat du PSDB de l’époque José Serra (43,95 %).

Le PT, au pouvoir depuis 12 ans, avait lui-même perdu 18 sièges le 5 octobre lors des législatives.

Autant de signes d’un mécontentement grandissant liés au ralentissement économique et aux scandales de corruption impliquant le parti présidentiel qui ulcèrent de plus en plus la population du géant émergent d’Amérique latine.

L’ex-guérillera en a immédiatement tiré les leçons, en promettant d’être «une bien meilleure présidente» qu’elle ne l’a été.

Devant la foule en liesse de ses militants à Brasilia, elle a célébré sans emphase la victoire en s’engageant à placer son second mandat sous le signe du «dialogue».

Dilma Rousseff, qui prêtera serment le 1er janvier prochain, a donné de nombreux gages aux mécontents. Elle a promis de sévir durement contre la corruption et de promouvoir une réforme d’un système politique de compromissions décrié et à bout de souffle, en dialoguant avec le parlement et en consultant les Brésiliens par référendum.

Elle s’est également adressée aux milieux économiques et aux marchés financiers qui l’ont prise en grippe à cause de son interventionnisme, à leurs yeux responsables de l’entrée en récession du Brésil et de la surchauffe de l’inflation.

Dilma Rousseff a réitéré son engagement de «combattre avec rigueur l’inflation» et promis de nouvelles «impulsions au secteur économique» avec une industrie en crise, «afin que nous reprenions notre rythme de croissance en garantissant notre niveau élevé d’emploi et la valorisation des salaires».

Symboliquement, Dilma Rousseff et l’ex-président Lula, qui l’accompagnait à la tribune, avaient troqué leurs habits rouges de campagne pour des tenues blanches.

Dilma Rousseff a appelé à une sorte de paix des braves postélectorale.

«Je ne crois pas dans le fond de mon coeur que ces élections aient divisé le pays en deux. Je comprends qu’elles ont mobilisé des idées et émotions parfois contradictoires. Mais j’espère sincèrement que cette énergie mobilisatrice aura préparé le terrain pour bâtir des ponts» et avancer ensemble, a-t-elle dit.

Aecio Neves avait auparavant félicité Mme Rousseff pour sa victoire en lui souhaitant «pleine réussite». Mais a souligné que la priorité «était d’unir le Brésil autour d’un projet honnête au service de tous les Brésiliens».

Selon l’analyste Daniel Barcelos Vargas, de la prestigieuse Fondation Getulio Vargas de Rio, «la courte victoire de Dilma lui pose de grands défis». Elle va devoir unir un Brésil aujourd’hui scindé en deux avec une grande animosité. Sa grande tâche sera de gouverner pour les 48 % qui ont voté contre elle, entendre et dialoguer».

«Les Brésiliens ne tolèrent plus la corruption et veulent plus de services publics et une économie en croissance. Pour cela, elle devra dialoguer avec un Congrès très fragmenté et plus conservateur qu’avant et cela va accentuer les disputes entre l’exécutif et le législatif», prédit cet analyste.

Pour son collègue de São Paulo Marco Anonio Texeira, «le premier défi de Rousseff sera de se rapprocher des marchés financiers et des milieux économiques en prenant des mesures négociées avec eux. Autrement, elle n’aura jamais la paix et le pays le paiera très cher».

 

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