Québec/travail: quels sont les impacts sur la pauvreté d’un salaire minimum à $10,35 ?

Jeudi, le salaire minimum passe de 10,15 $ à 10,35 $. Une augmentation dont les effets ne sont pas aussi radieux qu’on le croit concernant la lutte contre les inégalités.

Même si elle est un symbole important de lutte contre la pauvreté, l’augmentation du salaire minimum a, dans les faits, peu d’effets sur les inégalités de revenus et sur le nombre de personnes pauvres.

Dans les meilleurs cas, elle peut réduire l’intensité et la gravité de la pauvreté, c’est à ce constat qu’arrive Stephen Gordon, professeur au Département d’économique de l’Université Laval, quelque peu agacé de ce débat.

«C’est une perte de temps, en ce qui concerne la pauvreté. L’effet net est, à toutes fins pratiques, nul. Et si une augmentation aide une famille, c’est par pur hasard», dit le professeur. Une famille qui voit son niveau de vie augmenter grâce à l’augmentation du salaire minimum de 20 cents est donc une anecdote perdue dans la masse.

Dans les pires cas, un salaire minimum plus élevé peut avoir comme effet d’accroître le chômage et la pauvreté. C’est ce qu’une étude pancanadienne révélait en 2011. «Quand on prend un ménage où un des membres travaillait au salaire minimum et qu’il perd son emploi, c’est une perte énorme pour la famille. Cet effet est non négligeable.»

Deux volets sont à considérer, soit l’effet sur l’emploi et sur la redistribution de cette manoeuvre gouvernementale.

Il est démontré qu’au Canada, il y a un effet mesurable sur l’emploi, mais il n’est pas important. «En fait, c’est qu’on n’atteindra jamais l’objectif de diminuer la pauvreté en augmentant le salaire minimum», affirme le professeur.

Il explique que cette mesure, qui est d’ailleurs absorbée par les entreprises privées, va se traduire par une réaction chez les employeurs. Soit en donnant moins d’heures à leurs employés, soit en supprimant des emplois, soit en augmentant les prix.

«Dans ces trois réactions, chaque fois, ce sont les plus démunis qui sont touchés. Soit en voyant ses heures travaillées diminuées, soit en perdant son emploi, soit en subissant une hausse des prix dans les magasins», continue-t-il.

Contrairement à ce qu’a affirmé Barack Obama en février, lors de l’annonce de l’augmentation du salaire aux États-Unis, cela ne «dopera» pas l’économie, «car c’est une redistribution qui aura lieu».

«Qui paie vraiment cette hausse? Avec la redistribution, ce n’est pas évident que ce seront les pauvres qui seront avantagés. Certainement pas les riches qui gagnent beaucoup plus que le salaire minimum et qui ne sont pas ou peu ébranlés par une augmentation des prix des magasins où les employés sont payés au salaire minimum.»

Pour se sortir de la pauvreté, le déterminant majeur, c’est la croissance économique, évoque le professeur, en plus de l’implantation d’un revenu minimum.

«Mais le problème, c’est que c’est cher. Pour mettre le revenu au seuil minimal de pauvreté, les études prouvent qu’il faudrait un montant équivalent à 2 % de la TPS.»

350 000 travailleurs touchés

Depuis l’an 2000, le salaire minimum est passé de 6,90 $ à 10,35 $. Cette augmentation concerne rarement une grande proportion de travailleurs. 350 000 travailleurs seraient touchés cette année. Selon les dernières études, près d’un Québécois sur 10 est sous le seuil de pauvreté au Québec, soit qui dispose d’un revenu inférieur à environ 26 000 $.

Il y a près de 75 ans…

En 1940, le gouvernement du Québec dirigé par Adélard Godbout présente la première Loi sur le salaire minimum. Cette mesure a comme objectif, dans les pays industrialisés, de maintenir le pouvoir d’achat des bas salariés, de redistribuer la richesse et de valoriser le travail des femmes rémunérées à ce taux beaucoup plus que les hommes.

Depuis 1997, le compromis consiste à stabiliser le salaire minimum autour de 45 % du salaire moyen des travailleurs payés à l’heure.

Selon une étude de l’économiste Pierre Fortin, à chaque hausse de 1 % du rapport entre le salaire minimum et le salaire moyen, cela entraînerait une baisse estima-tive de 8000 emplois au Québec.

Le salaire minimum ailleurs dans le monde

– Ontario 11 $ à partir du 1er juin

– États-Unis 10,10 $ à partir du 1er janvier 2015

– France 14,48 $ (9,53 euros) depuis le 1er janvier 2014

– Allemagne 12,92 $ (8,50 euros) à partir de janvier 2015, si tout se passe comme prévu

 

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