Proche-orient/violences: la trêve de l’ONU n’a pas résisté à l’intransigeance des belligérants

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La trêve entre Israël et le Hamas a volé en éclats vendredi quelques heures seulement après son entrée en vigueur, pulvérisée par un nouveau bain de sang et le probable enlèvement d’un soldat israélien par l’ennemi.

Deux soldats israéliens ont par ailleurs été tués vendredi dans le sud de la bande de Gaza lors de l’opération qui a sans doute aussi conduit à la capture d’un officier par des combattants palestiniens, a annoncé vendredi l’armée.

L’armée a par ailleurs révélé l’identité du soldat sans doute enlevé, Hadar Goldin, un sous-lieutenant de 23 ans, originaire de Kfar Saba, au nord de Tel-Aviv.

Une délégation palestinienne samedi au Caire

Une délégation palestinienne, incluant le Hamas, se rendra samedi au Caire pour des discussions avec des responsables égyptiens sur un cessez-le-feu à Gaza, a indiqué vendredi le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah (Cisjordanie).

M. Abbas «a formé la délégation qui ira samedi au Caire quelles que soient les circonstances», selon un communiqué de la présidence. Cette délégation sera composée de représentants du Fatah, le mouvement de M. Abbas, du Hamas, au pouvoir à Gaza, et de son allié du Jihad islamique.

Cessez-le-feu de moins de deux heures

Le cessez-le-feu entré en vigueur à 8 h locales (1 h au Québec) et censé durer 72 heures, notamment pour réapprovisionner la population durement éprouvée et lui permettre d’enterrer ses morts, n’aura pas tenu deux heures.

Les chances d’une trêve durable semblent désormais plus éloignées que jamais: la capture d’un soldat israélien est le casus belli par excellence pour Israël.

Et du côté palestinien, au moins 27 personnes ont été tuées par des tirs d’artillerie israéliens près de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, ont indiqué les secours locaux.

Israël et le Hamas se sont renvoyé la responsabilité du nouvel échec de cette trêve, la première pourtant que les deux camps avaient acceptée depuis le début des hostilités le 8 juillet.

Selon l’armée israélienne, des soldats engagés dans la destruction d’un tunnel du Hamas près de Rafah ont été attaqués par des «terroristes» sortis de terre.

Un kamikaze s’est fait sauter, a rapporté le porte-parole de l’armée, Peter Lerner, ajoutant que les premiers éléments «indiquent qu’un soldat a été enlevé» dans l’affrontement.

Dans la foulée et une grande partie de la journée, le secteur de Rafah a été soumis à d’intenses bombardements qui ont tué au moins 27 personnes. La plus grande confusion y régnait, les secours s’employant comme ils pouvaient à essayer de récupérer les blessés et les morts, ont indiqué des correspondants de l’AFP.

Ligne rouge 

L’armée israélienne a prévenu les habitants qu’ils devaient rester chez eux en appelant leurs portables selon un mode opératoire éprouvé. «L’armée poursuit des éléments terroristes à Rafah», dit le message, laissant entendre des opérations au sol, peut-être pour tenter de retrouver le soldat sans doute enlevé.

La capture d’un de ses soldats est une ligne rouge pour Israël. Le rapt en juin 2006 du soldat franco-israélien Gilad Shalit avait déclenché cinq mois d’opérations militaires dans la bande de Gaza. Le soldat Shalit avait été libéré en octobre 2011 en échange d’un millier de prisonniers palestiniens.

Interrogé sur le fait que la trêve était terminée, le porte-parole de l’armée israélienne a répondu par l’affirmative peu avant 14 h locales.

Pour le porte-parole du Hamas à Gaza, Fawzi Barhum, «c’est l’occupation (Israël) qui a violé le cessez-le-feu». «La résistance palestinienne a agi au nom de son droit à l’autodéfense pour arrêter les massacres de notre peuple», a-t-il ajouté. Selon un responsable du Hamas au Caire, son organisation n’a pas mené d’opération après le début du cessez-le-feu.

Des négociations étaient censées s’engager vendredi au Caire pour que le cessez-le-feu puisse durer plus longtemps que les précédentes trêves, unilatérales, dans un conflit dévastateur qui, en 25 jours, a coûté la vie à environ 1500 Palestiniens, en grande majorité civils, ainsi qu’à 63 soldats et trois civils côté israélien.

L’Égypte a informé les responsables palestiniens qu’elle repoussait les négociations après qu’Israël l’eut informée de la capture d’un de ses soldats, a indiqué un responsable du Jihad islamique, organisation qui devait prendre part à cet effort de négociation.

Dans un communiqué, le coordinateur spécial pour le Moyen-Orient à l’ONU Robert Serry s’est dit «profondément inquiet des conséquences graves sur le terrain qui pourraient résulter» de l’enlèvement s’il est confirmé.

Gazaouis pris au piège 

Avant même d’entrer en vigueur, le cessez-le-feu avait été précédé pendant deux heures par des bombardements intenses et des tirs de roquettes, ont constaté les journalistes de l’AFP dans la ville de Gaza.

Dans le secteur de Khan Younès (sud), 14 Palestiniens ont été tués dans la nuit, selon les secours.

L’armée israélienne avait annoncé la mort de cinq soldats tués jeudi soir par des tirs d’obus palestiniens du côté israélien de la frontière.

La guerre déclenchée le 8 juillet par des frappes aériennes israéliennes vise à faire cesser les tirs de roquettes du Hamas et de ses alliés du Jihad islamique et les attaques menées en Israël par des commandos infiltrés par des tunnels.

Depuis le début des opérations, le Hamas a tiré au moins 2.968 roquettes sur Israël, selon l’armée israélienne.

Le 17 juillet, l’opération «Bordure protectrice» est passée à sa phase terrestre, l’armée pénétrant dans l’enclave palestinienne dont elle s’était unilatéralement retirée en 2005.

La population de Gaza, prise au piège des bombardements, est «au bord de la rupture», selon l’Agence onusienne pour l’aide aux réfugiés palestiniens (UNWRA), qui accueille 230 000 réfugiés dans des conditions de précarité extrêmes dans 85 centres à Gaza.

Le cessez-le-feu était donc «très important pour donner aux civils innocents un répit dont ils ont bien besoin face à la violence», acheminer l’aide humanitaire, enterrer les morts et reconstituer des stocks, avait indiqué le secrétaire d’État américain John Kerry en annonçant la trêve lors d’un déplacement à New Delhi.

Cette guerre est au moins aussi meurtrière que «Plomb Durci» (2008-2009), qui était déjà censée mettre un terme aux tirs de roquettes du Hamas.

Les pertes de l’armée israélienne, elles, sont les plus lourdes depuis la guerre contre le Hezbollah libanais en 2006.

 

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