Proces Magnotta: la psychiatre de la défense croit que l’accusé n’avait plus le sens du jugement

magnotta

Luka Rocco Magnotta savait ce qu’il faisait quand il a tué et démembré Lin Jun, en mai 2012. Mais il ne pouvait distinguer le bien du mal en raison de la psychose dont il souffrait.

C’est la conclusion à laquelle est arrivée la psychiatre Marie-Frédérique Allard, après avoir analysé le cas de M. Magnotta.

À la demande de la défense, la Dre Allard devait évaluer la responsabilité criminelle de Magnotta le 25 mai 2012, jour où il a commis les actes qui ont entraîné le procès qui se déroule actuellement.

La Dre Allard a passé 23 heures avec M. Magnotta entre décembre 2013 et mai dernier, et elle a analysé une grande quantité de documents reliés aux crimes qui lui sont reprochés. Elle a aussi parcouru ses dossiers médicaux, psychiatriques, et s’est entretenue avec plusieurs personnes et professionnels. Elle a parlé au père de Magnotta, mais sa soeur et sa mère ne l’ont jamais rappelée. Elles ont plutôt changé de numéro de téléphone.

Magnotta n’est pas un cas simple, admet la Dre Allard.

«C’est un des cas les plus difficiles de ma carrière, a-t-elle fait valoir, hier, alors qu’elle témoignait au procès de M. Magnotta. Ceci en raison de la «lourdeur de la situation et des documents», a-t-elle dit. Néanmoins, la psychiatre est formelle. L’accusé souffre «clairement» de schizophrénie, et ce, depuis longtemps. Et elle est persuadée qu’il était en psychose au moment des actes qui lui sont reprochés.

Ainsi, «la schizophrénie est responsable des cinq accusations.», selon la Dre Allard.

La Dre Allard dit avoir envisagé dès le départ la possibilité que Magnotta simulait. Mais elle n’a pas retenu cette option.

Certes, dans le passé, Magnotta a souvent caché ou nié ses symptômes, mais c’est fréquent chez les patients qui souffrent de schizophrénie, surtout en début de maladie. Par ailleurs, Magnotta avait vu son père souffrir de cette maladie et être ostracisé, et il ne voulait pas subir le même sort. Il a passé une partie de sa vie à vouloir se défaire de cette image. «Il essayait de ne pas paraître malade pour y échapper», a noté la Dre Allard.

Mais la maladie était bien là, depuis probablement la fin de l’adolescence, croit la psychiatre.

En 2001, alors qu’il avait 19 ans, Magnotta a été vu en psychiatrie en Ontario. On notait un trouble de la personnalité, mais il a aussi reçu un diagnostic de schizophrénie paranoïde. Il s’est retrouvé dans un centre de crise pour schizophrènes. C’est là, en août 2001, qu’il a avalé le contenu complet de la bouteille de Rivotril qui lui avait été prescrite la veille, soit 30 mg. Il se sentait triste, isolé. C’était une tentative de suicide.

Les risques de suicide sont importants chez les patients qui souffrent de schizophrénie, surtout en début de maladie. Il y a des deuils à faire pour eux. La maladie se déclare chez des sujets jeunes, souvent en fin d’adolescence ou au début de l’âge adulte. Dans certains cas, elle arrive vite, par une crise, tandis que dans d’autres, elle s’installe progressivement. «C’est une maladie très invalidante. Plus on traite jeune et agressivement, meilleur est le pronostic», a fait valoir la psychiatre.

La schizophrénie peut induire une psychose, qui fait perdre le contact avec la réalité. La personne peut avoir des hallucinations visuelles, auditives, tactiles, gustatives… Elle entend des voix, des murmures alors que personne ne parle, se sent touchée alors qu’il n’y a personne, a illustré la psychiatre.

«Ce sont des idées délirantes, fausses et irréductibles par la logique. Ils continuent de croire. C’est un des symptômes de la schizophrénie», a noté Dre Allard. On sait que Magnotta entendait des voix et se sentait épié.

La psychiatre poursuivra son témoignage lundi.

Un peu plus tôt hier, la psychiatre traitante de M. Magnotta, la Dre Renée Roy, est revenue sur un épisode impliquant son patient. Tombé en amour avec un infirmier de la prison de Rivière-des-Prairies, Magnotta lui avait envoyé une lettre sexuellement explicite, en 2013. Il avait aussi arrangé des choses dans sa cellule, et tamisé la lumière dans l’espoir que l’infirmier vienne le trouver.

Évidemment, l’infirmier n’est jamais allé, et Magnotta a été réprimandé. Selon la Dre Roy, Magnotta avait fait un «transfert amoureux» sur l’infirmier, car celui-ci était gentil et le complimentait parfois sur ses vêtements.

La Dre Roy a commencé à traiter Magnotta à partir de novembre 2012, soit cinq mois après son arrestation. Elle le traite encore aujourd’hui.

La responsabilité criminelle n’est pas engagée si la personne était incapable de juger de la nature ou de la qualité de l’acte ou de savoir que cet acte était mauvais.

Tombé en amour avec un infirmier de la prison Rivière-des-Prairies, Luka Rocco Magnotta lui a envoyé une lettre sexuellement explicite, en 2013. Il a aussi arrangé des choses dans sa cellule, et tamisé la lumière dans l’espoir que l’infirmier vienne le trouver.

C’est ce que la psychiatre traitante de Magnotta a raconté ce matin, au procès de M. Magnotta, alors qu’elle était contre-interrogée par le procureur de la Couronne, Louis Bouthillier. Évidemment, l’infirmier n’est jamais allé, et Magnotta a été réprimandé. Selon la Dre Roy, Magnotta avait fait un «transfert amoureux» sur l’infirmier, car celui-ci était gentil et le complimentait parfois sur ses vêtements.

Le Dr Roy a commencé à traiter Magnotta à partir de novembre 2012, soit cinq mois après son arrestation pour le meurtre de Lin Jun. M. Magnotta était détenu à la prison de Rivière-des-Prairies le mois de juin.  C’est d’abord le psychiatre Jacques Talbot qui s’est occupé de M. Magnotta. Mais ce dernier n’était pas satisfait de la médication que le Dr Talbot lui donnait.

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