Ottawa/coup de théâtre: Trudeau expulse tous ses 32 sénateurs du caucus libéral

 Dans un geste sans précédent, le chef du Parti libéral, Justin Trudeau, expulse du caucus de son parti les 32 sénateurs libéraux qui ont été nommés au Sénat au fil des ans par les anciens premiers ministres Jean Chrétien, Paul Martin et même Pierre Trudeau.

Ces sénateurs siégeront dorénavant à titre d’indépendants à la Chambre haute et ne participeront plus aux réunions hebdomadaires du caucus libéral durant la session parlementaire, a indiqué le chef libéral en conférence de presse ce matin. En outre, les David Smith, Céline Hervieux-Payette ou Dennis Dawson ne pourront plus occuper de fonctions importantes au sein du parti, comme c’était souvent le cas dans le passé durant les élections fédérales ou les congrès du parti.

Estimant que le Sénat est devenu plus que jamais une succursale du bureau du premier ministre , M. Trudeau met au défi Stephen Harper d’en faire autant en écartant de son propre caucus les 57 sénateurs conservateurs.

S’il remporte la victoire aux prochaines élections, M. Trudeau s’engage d’ailleurs à mettre fin à la partisanerie au Sénat en ne nommant des individus qui auront été recommandés par un comité de sages, au même titre que l’on recommande un Canadien de marque d’être décoré de l’Ordre du Canada par exemple. Tous les sénateurs qu’il nommera seront donc indépendants.

Mais avant de formuler des propositions précises à cet égard, il attendra la décision de la Cour suprême du Canada qui évalue la constitutionnalité des réformes proposées par le gouvernement Harper, soit la limite des mandats des sénateurs à neuf ans et l’élection des sénateurs dans les provinces où il y a des vacances. Ces réformes sont contestées par certaines provinces.

Cette décision audacieuse du chef libéral survient à quelque trois semaines du congrès national du Parti libéral, qui aura lieu à Montréal du 20 au 23 février. Cette décision rompt aussi avec une tradition parlementaire datant du 19esiècle dans le cas du Parti libéral.

« À partir d’aujourd’hui, seuls les députés élus de la Chambre des communes seront membres du caucus libéral. Les 32 sénateurs libéraux seront, à partir de maintenant, indépendants de notre caucus national libéral. Permettez-moi d’être parfaitement clair : la seule façon de faire partie du caucus libéral est d’avoir été choisi par la population canadienne », a affirmé M. Trudeau, qui a informé les principaux intéressés une trentaine de minutes avant sa conférence de presse.

« Je mets au défi le premier ministre de faire de même. Comme parti majoritaire au Sénat, le changement immédiat et important est dans les mains des conservateurs. Je demande au premier ministre de faire la chose juste. Joignez-vous à nous et mettons fin au favoritisme et à la partisanerie au sein du Sénat », a ajouté le chef libéral M. Trudeau.

Selon le chef libéral, le Sénat, dans sa forme actuelle, est devenu dysfonctionnel. Le premier ministre, en nommant des gens qu’il souhaite récompenser pour les services rendus au parti, renforce son pouvoir à Ottawa en contrôlant le Sénat à sa guise. « Au mieux, cela rend le Sénat redondant. Au pire, et sous l’égide de M. Harper nous l’avons vu à son pire, cela amplifie les pouvoirs du premier ministre ».

M. Trudeau a aussi profité de l’occasion pour critiquer le chef du NPD, Thomas Mulcair, qui promet d’abolir le Sénat s’il prend le pouvoir. « Sa promesse d’abolir le Sénat, comme s’il avait une baguette magique, est délibérément et cyniquement trompeuse ou vide et égoïste. Il sait, ou il devrait savoir que sa promesse exigerait l’amendement à la Constitution le plus important depuis la création de la Charte canadienne des droits et libertés », a-t-il dit.

Au cours des derniers mois, le gouvernement Harper a été éclaboussé par  le scandale des dépenses au Sénat. Trois sénateurs nommés par Stephen Harper – Mike Duffy, Pamela Wallin et Patrick Brazeau – ont été suspendus sans solde du Sénat l’automne dernier après qu’il fut révélé qu’ils avaient réclamé des dépenses injustifiées.

Les trois sénateurs font aussi l’objet d’une enquête policière. Dans le cas de Mike Duffy, l’enquête concerne aussi l’ancien chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, parce que ce dernier a rédigé un chèque personnel de 90 000 dollars à M. Duffy afin de l’aider à rembourser les allocations de logement qu’il a indûment empochées pendant près de quatre ans.

M. Harper a toujours soutenu depuis l’éclatement de cette controverse que son ancien bras droit avait agi sans son autorisation et sans l’informer.

À l’heure actuelle, le Sénat compte 57 sénateurs conservateurs, 32 libéraux, 7 indépendants et il y a 9 vacances.

 

 

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