Montréal/routes: seulement la moitié des travaux prévus pour 2013 seront réalisés

À l’heure où les infrastructures routières et d’eau de Montréal accusent un important retard d’entretien, la métropole pense réaliser à peine la moitié des travaux prévus en 2013 en raison des délais imposés pour vérifier la probité des entreprises.

Chaque année, Montréal présente à l’automne son programme triennal des immobilisations (PTI), soit le plan des travaux à réaliser pour les trois prochaines années. Montréal prévoyait ainsi investir en 2013 pas moins de 1,5 milliard dans ses infrastructures vieillissantes.

Mais voilà, à l’heure de planifier le prochain PTI, la métropole prévoit maintenant que seulement 52% des travaux prévus en 2013 auront été faits, soit pour 780 millions. Normalement, la Ville dit réaliser jusqu’à 80% de ses projets planifiés.

Ces retards sont d’autant plus inquiétants qu’ils surviennent alors que le vérificateur général de Montréal, Jacques Bergeron, sonnait l’alarme au printemps sur la détérioration des infrastructures de la métropole. «La Ville est presque à un point de non-retour: ça va être difficile de rattraper le temps perdu. Pour la population, il va y avoir des problèmes, des bris, des fuites, des chaussées qui vont se détériorer. Il y a un déficit d’investissement qui est très important.» Le vérificateur jugeait déjà insuffisants les investissements prévus, estimant qu’il fallait les tripler pour rattraper le retard dans l’entretien des infrastructures.

Présentement, 44 chantiers d’importance sont bloqués en raison des vérifications de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur la probité de certaines entreprises qui s’éternisent, a expliqué hier le maire par intérim. Laurent Blanchard a préféré ne pas nommer celles posant problème, se limitant à dire qu’il s’agissait des «noms les plus suspects», fréquemment cités à la commission Charbonneau.

Le maire a appelé hier l’AMF à accélérer ses vérifications. En accordant une autorisation, l’Autorité permet aux travaux de débuter, tandis qu’un refus permet à Montréal de confier le contrat à une autre entreprise.

L’AMF assure faire le traitement des demandes dans les meilleurs délais possible. «Notre objectif est de faire les vérifications dans les 40 jours ouvrables, mais ça dépend toujours de la complexité du dossier», dit une porte-parole de l’AMF, Cathy Beauséjour.

Jusqu’à présent, 34 entreprises ont reçu le feu vert de l’AMF pour réaliser des travaux à Montréal. Deux ont toutefois essuyé un refus. Enfin, la métropole attend toujours une réponse pour 32 entreprises soumises aux vérifications de l’Autorité.

Montréal dit avoir attendu en moyenne 69 jours l’autorisation de l’AMF. Pour un chantier toutefois, le maire Blanchard a indiqué hier que l’attente durait maintenant depuis 157 jours, soit plus de cinq mois. «Je ne dirais pas que la Ville est paralysée, mais il y a des travaux qui ne peuvent pas se faire.»

Laurent Blanchard a cité en exemple d’importants travaux d’aqueduc et d’égouts dans la rue Sherbrooke. «Il a fallu attendre 96 jours avant d’avoir l’autorisation. Les travaux qui auraient dû commencer en avril n’ont pas pu commencer avant juillet. Par effet de domino, ça peut retarder parce qu’il y a des chantiers qu’on ne peut pas faire en hiver.»

Le cas Accurso

Le maire Laurent Blanchard en appelle également à l’AMF pour statuer rapidement sur le cas de l’entrepreneur Tony Accurso. La Presse a révélé hier que l’entrepreneur, arrêté à trois reprises depuis deux ans pour des histoires de fraudes dans des contrats publics, n’était pas inscrit sur la liste noire de Montréal et avait ainsi pu récupérer un contrat, mercredi.

«Ça n’a pas d’allure qu’on puisse interdire de contrat quelqu’un qui a admis un pot-de-vin de 60$ mais qu’on ne puisse pas interdire quelqu’un qui a admis une fraude fiscale de 4 millions au gouvernement du Canada. Faites quelque chose!», s’est désolé Laurent Blanchard, lors d’un point de presse hier matin.

Le maire a été vivement critiqué par le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron. Celui-ci déplore que Blanchard, comme l’ex-maire Gérald Tremblay, craigne de voir Tony Accurso poursuivre Montréal si la Ville lui refuse un contrat dont il a remporté l’appel d’offres. «Entendre aujourd’hui le maire Laurent Blanchard utiliser le même argument, c’est scandaleux. Qu’il nous poursuive! En cour, on forcera Tony Accurso à exposer la structure de ses entreprises, les pratiques collusionnaires utilisées.»

Équipe Coderre a également critiqué le transfert du contrat à Tony Accurso. «Demander une révision auprès de l’Autorité des marchés financiers n’est pas suffisant. J’invite le gouvernement du Québec à faire son travail, afin de corriger tout vide législatif. Cela étant dit, la Ville doit également modifier sa politique de gestion contractuelle pour que cette situation ne se reproduise plus», a indiqué Lionel Perez, maire par intérim de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce.

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