Le tireur fou de Paris est aux ordres de la justice

Abdelhakim Dekhar, identifié par son ADN comme le tireur du quotidien Libération et arrêté mercredi soir près de Paris, est un personnage complexe, mystérieux, impliqué en 1994 dans une affaire liée à l’ultra-gauche française qu’il affirmait avoir eu pour mission d’infiltrer.

Après deux jours de traque, il a été retrouvé semi-inconscient, sans doute suite à une tentative de suicide par médicaments, dans une voiture garée dans un stationnement souterrain. Interpellé grâce au témoignage à la police d’un homme qui l’hébergeait «de temps en temps», il a été hospitalisé et placé en garde à vue.

«Il va falloir connaître le parcours de cet individu» pour ensuite «connaître toutes (ses) motivations», a déclaré le ministre de l’Intérieur Manuel Valls.

La police a retrouvé dans l’appartement des écrits où, selon le procureur de Paris François Molins, Dekhar «évoque de manière plutôt confuse un complot fasciste», accuse «les médias de participer à la manipulation des masses» et affirme que se déroule en banlieue une «entreprise de déshumanisation portant sur des populations, dont le grand capital ne veut pas».

Cet homme âgé aujourd’hui de 48 ans a purgé une peine de quatre ans de prison pour «association de malfaiteurs», pour sa participation aux préparatifs d’une attaque à main armée commise par deux jeunes membres de l’ultra-gauche parisienne qui a fait cinq morts, dont trois policiers en 1994.

Affabulateur et manipulateur

C’est lui qui avait acheté dans un grand magasin, sous son nom et avec sa pièce d’identité, le fusil à pompe qui avait servi à Florence Rey et Audry Maupin pour attaquer une fourrière où ils voulaient dérober des armes de la police. Le vol à main armée s’était mal passé et avait dégénéré en fusillade au cours de laquelle trois policiers, Audry Maupin et un chauffeur de taxi avaient été tués.

Avec ses cheveux courts et ses lunettes à la Malcom X, sous le pseudonyme de Toumi, c’était au début des années 90 un habitué des squats fréquentés par la gauche radicale, une mouvance groupusculaire surveillée étroitement par la police.

Lors du procès au cours duquel Florence Rey a été condamnée à 20 ans de réclusion (elle a été libérée en 2009 après 15 ans de «détention exemplaire»), Abdelhakim Dekhar avait vainement tenté de persuader la cour qu’il était un espion, un agent en mission de la Sûreté militaire algérienne, chargé d’infiltrer les milieux autonomes pour en débusquer d’éventuels islamistes intégristes.

Des témoins cités à l’audience l’ont décrit comme un chaperon, un mentor pour le couple Maupin-Rey, et l’ont accusé d’avoir mis à profit leur jeunesse et leur exaltation pour les manipuler.

Selon François Molins, les expertises psychiatriques qui l’avaient alors examiné avaient noté chez lui des tendances à «l’affabulation» et à la «manipulation». Les enquêteurs avaient de leur côté relevé son amateurisme, une source le présentant même comme «pas très intelligent».

«C’est un homme énigmatique, étrange», a confié mercredi soir à l’AFP son ancienne avocate, Me Emmanuelle Hauser-Phélizon. «Je n’ai jamais très bien su qui il était. Il disait qu’il était agent des services français ou algériens. Il était très secret, ne se révélait pas.»

Après sa libération, il semble être parti s’installer à Londres, où vivait déjà une de ses soeurs et où, d’après le procureur de Paris, il a travaillé «à la tête d’un restaurant de restauration collective».

C’est à Londres qu’il a rencontré l’homme qui l’hébergeait près de Paris lorsqu’il venait en France. Il a regagné la France en juillet dernier, expliquant à son ami être venu passer «un mois de vacances». Mais il n’est jamais reparti

 

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