Grève/construction: Marois ouvre la porte sur une loi spéciale

Alors que sa ministre du Travail, Agnès Maltais, l’excluait totalement, la première ministre Pauline Marois entrouvre la porte à une loi spéciale si la grève dans la construction perdure. 

«Si dans deux semaines il n’y a pas eu de règlement, un moment donné, il va falloir poser des gestes plus drastiques», a-t-elle affirmé à l’entrée de la réunion hebdomadaire du conseil des ministres mercredi.

Mais pour le moment, la loi spéciale «n’est pas dans les cartons». «Ce n’est pas ce que nous souhaitons, ce n’est pas ce que nous voulons et nous ne travaillons pas dans ce sens-là», a-t-elle dit.

Elle a souligné qu’une loi spéciale «ne satisfait jamais» les parties et que le mieux reste toujours que «les gens s’assoient à la table et règlent le conflit entre eux».

Lundi, Agnès Maltais écartait pourtant une loi spéciale de façon catégorique. Elle disait que le gouvernement n’a pas à imposer les conditions de travail des 175 000 syndiqués en débrayage depuis minuit lundi. «Ce n’est pas le gouvernement qui décide des conditions dans l’entreprise privée», plaidait-elle. 

«J’exclus le recours à une loi spéciale, ça va se régler par la négociation. (…) Il n’y a pas de loi spéciale en préparation, il n’y en a pas dans ma vision, il n’y en a pas dans ma tête, insistait-elle. Ça fait 20 ans maintenant que ça se règle par des négociations, alors on attend que ça se règle par la négociation.»

L’impasse perdure

Malgré la tentative de rapprochement d’un conciliateur, les négociations sont toujours rompues entre l’Alliance syndicale et l’Association de la construction du Québec (ACQ). La grève de 175 000 travailleurs se poursuit aujourd’hui pour une troisième journée.

En matinée hier, la ministre du Travail, Agnès Maltais, était remplie d’optimisme, «contente» que les représentants de l’ACQ et de l’Alliance syndicale rencontrent tour à tour son conciliateur, Julien Perron, qui en est à sa cinquième ronde de négociations dans le secteur de la construction. «Je veux qu’ils arrivent au meilleur résultat possible», ajoutait-elle.

Mais ce résultat ne s’avère sûrement pas celui qu’elle souhaitait. «Il n’y a pas un gros changement. On est sortis de là à peu près comme on était en entrant», a affirmé en soirée le porte-parole de l’Alliance syndicale, Yves Ouellet. Le directeur général de la FTQ-Construction n’a pas participé lui-même à la rencontre, mais il est formel: «S’il y avait eu des avancées, je l’aurais su!»

Le conciliateur ne semble pas avoir calmé les esprits dans le camp syndical. Loin de réserver ses commentaires, M. Ouellet envisage une sortie publique contre l’argumentaire patronal. «Je peux vous dire que c’est sûr qu’il y a d’autres choses qui vont sortir de notre côté… Parce qu’il y a des choses du patronal qu’on n’a pas aimées. Ils nous font passer quasiment pour des imbéciles! Ils essaient de dire qu’on en veut trop, que les chantiers sont la plus belle place au monde pour travailler… Mais c’est l’ACQ qui est intransigeante sur ses demandes», a tonné M. Ouellet.

Le point aujourd’hui

Les dirigeants de l’Alliance syndicale se réunissent aujourd’hui, à 10h30, pour étudier le rapport complet de la rencontre avec le conciliateur et faire le point sur la grève. Mais M. Ouellet maintient que le débrayage se poursuivra tant que l’ACQ ne retirera pas cinq demandes qui touchent les salaires, les horaires de travail et la mobilité de la main-d’oeuvre.

De son côté, l’ACQ n’a pas voulu émettre de commentaires à la suite de sa rencontre avec le conciliateur.

Une loi spéciale?

La Coalition avenir Québec est revenue à la charge avec sa demande de loi spéciale si aucune entente n’intervient aujourd’hui. Selon le député caquiste Christian Dubé, la loi spéciale ne devrait que reconduire pour une durée maximale d’un an les conditions de travail actuelles afin de donner du temps aux parties pour trouver un terrain d’entente. Cette solution «minimiserait l’ingérence» du gouvernement tout en mettant fin à la grève, a-t-il dit. «Chacun ferait un sacrifice» à ses yeux: les travailleurs n’auraient pas droit à des augmentations salariales alors que les patrons ne pourraient obtenir dès maintenant les changements qu’ils souhaitent. Il a déploré que des travailleurs en grève aient «vidé» des chantiers non syndiqués de L’Ancienne-Lorette, où des maisons ont été endommagées à la suite de récentes inondations. C’était une erreur qui ne se reproduira pas, a indiqué Yves Ouellet.

Le Parti libéral a quant à lui ajusté sa position. Lundi, le député Guy Ouellette demandait la nomination d’un médiateur spécial, mais il écartait le recours à une loi spéciale. Le chef Philippe Couillard a émis un communiqué hier pour dire que le gouvernement devrait fixer une échéance à la médiation, soit au plus tard vendredi à minuit. S’il n’y a pas d’entente, le gouvernement devrait déposer une loi spéciale

 

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