Commission Charbonneau : la collusion à Montréal date des années 1980

 

La «fermeture» du marché des contrats d’infrastructures à la Ville de Montréal n’est pas un mythe. Elle existait à la fin des années 80, et déjà, à cette époque, «tout le monde savait. Les entrepreneurs le savaient, les firmes de génie-conseil le savaient. La plupart des ingénieurs à la Ville le savaient aussi».

Un ancien haut responsable des approvisionnements à la Ville de Montréal, Serge Pourreaux, a affirmé hier que cette «fermeture» se manifestait encore au début des années 2000 quand il a chargé quatre ingénieurs du privé de trouver les raisons expliquant le «surcoût de 35% à 50%» des travaux d’infra-structure dans la métropole.

Selon lui, ces ingénieurs ont recueilli en cours de travail des confessions de plusieurs entrepreneurs «qui voulaient rentrer sur le marché de Montréal et qui ont reçu des menaces verbales ou physiques», pour les convaincre d’aller travailler ailleurs.

M. Pourreaux, qui a été directeur des approvisionnements à la Ville, de 2003 à 2006, a commencé hier son témoignage devant la commission Charbonneau.

Il affirme que dès son entrée en poste, il a mis en marche «une grosse machine» afin d’optimiser les processus de contrats et d’achats de l’administration, qui représentent 25% des dépenses annuelles de la Ville.

Selon M. Pourreaux, ces démarches devaient aboutir à une nouvelle politique en approvisionnement, au début de 2006.

Ces travaux suscitaient un grand intérêt dans la haute direction de la Ville. L’ancien fonctionnaire a affirmé que lors d’une de ses premières rencontres de travail, le directeur général de l’époque, Robert Abdallah, lui «a dit clairement, en cognant le poing sur la table: Serge, ça n’a pas de christ de bon sang que ça coûte aussi cher de couler un mètre cube de béton à Montréal, que de l’envoyer à la Baie-James.»

Le comité exécutif de l’administration Tremblay aurait même créé un «sous-comité» spécialement pour suivre l’évolution de ces travaux, où siégeaient l’ex-président du comité exécutif, Frank Zampino, l’ancien maire de Verdun, Georges Bossé, et un conseiller, Sammy Forcillo.

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