Commission Charbonneau : Dupuis reconnait ses liens avec le milieu criminel

La commission Charbonneau tente de démontrer que Jocelyn Dupuis servait de porte d’entrée au Fonds de solidarité FTQ pour le crime organisé.

Le procureur Denis Gallant a exposé les nombreuses connaissances dans le crime organisé québécois de Jocelyn Dupuis, autant dans les motards criminalisés que la mafia italienne. Parmi ces connaissances, le témoin a même confirmé avoir été présenté à Vito Rizzuto, ainsi qu’à ses deux fils, Leonardo et «celui qui s’est fait décédé», Nick junior. Il s’est toutefois dit incapable de se souvenir de la personne l’ayant introduit.

«C’est une coïncidence si Johnny Bertolo vous présente juste des bandits?» s’est étonné Me Gallant. Le témoin a tenu à défendre la mémoire de son bon ami assassiné par balles en 2005 après avoir purgé une peine de prison, disant que celui-ci avait été un ardent syndicaliste de son vivant.

L’écoute électronique démontre que ses connaissances n’hésitaient pas à l’appeler pour obtenir son «aide». Jocelyn Dupuis a reconnu avoir «fait cheminer» les dossiers de proches du crime organisé auprès du Fonds de solidarité FTQ. «Si je comprends bien, la minute qu’une compagnie vous semblait pouvoir fructifier, peu importe d’où ça vient, qui investit là-dedans, pour vous, c’était correct. Même si ça provient des Hells ou de la mafia?» a résumé la juge France Charbonneau.

«Pour moi, si la compagnie est légale et investit dans la société, le reste, ça ne me concerne pas», a répondu Jocelyn Dupuis.

Devant les réponses souvent évasives et les trous de mémoires du témoin, Me Gallant a fini par confronter Jocelyn Dupuis. «Avez-vous peur de ces gens?» «Je n’ai pas peur de personne. Je fais juste dire que je ne m’en souviens pas.»

Factures embarrassantes

Plus tôt aujourd’hui, Jocelyn Dupuis a par ailleurs reconnu devant la commission Charbonneau s’être fait rembourser par la FTQ-Construction des dépenses qui n’avaient aucun lien avec les relations de travail. L’ex-directeur général ne voit aucun problème à facturer son syndicat alors qu’il était à faire des démarches afin que des entrepreneurs obtiennent du financement au Fonds de solidarité FTQ.

Le procureur Denis Gallant a commencé à déballer la longue liste de factures que Jocelyn Dupuis a présentées pour remboursement à la FTQ-Construction. On y note plusieurs rencontres avec le caïd Raynald Desjardins et plusieurs dirigeants de la firme de décontamination Carboneutre, pour qui Dupuis tentait d’obtenir du financement.

«En quoi ces personnes sont liées à la FTQ-Construction ?» s’est étonné Me Gallant. «Dans mes fonctions, ce n’était pas limité à  ce que je rencontre des personnes à l’extérieur du mouvement de l’industrie de la construction», a expliqué le témoin. En fait, il a même reconnu avoir présenté des factures pour des repas pris alors qu’il était, non pas au travail, mais plutôt en vacances. C’est notamment le cas pour un repas pris à West Hollywood, en Californie.

«Le seul qui avait un lien avec la FTQ-Construction, c’est Raynald Desjardins qui avait sa compagnie de construction. Il y avait des possibilités de référer de la main-d’oeuvre», a précisé Dupuis.

Me Gallant lui a souligné que ses invités étaient pratiquement tous liés à l’entreprise Carboneutre et que les repas se situent à l’époque où Dupuis fait des démarches pour obtenir du financement du Fonds pour l’entreprise.

«Quand je rencontrais du monde, ce n’était pas strictement lié à l’industrie, ça pouvait être des dossiers pour apporter au Fonds. Comme permanent syndical, j’avais un compte de dépenses alors je l’apportais et je le déposais.»

Le montant de ces factures n’a pas été rendu public afin d’éviter de nuire au procès pour fraude de Jocelyn Dupuis. L’écoute électronique entendue hier donne certains indices. Dans une conversation, Dupuis disait trouver anormal qu’un entrepreneur paye une bouteille de vin à 300$ et lui paye une bouteille à 20$. Même s’il avouait ne rien y connaître en vin, il jugeait bon de commander de bons crus pour «être égal».

Dupuis travaillait pour Accurso

La Commission a aussi appris ce matin que l’ex-syndicaliste Jocelyn Dupuis travaille pour l’entrepreneur Tony Accurso depuis 2009, mais continue à nier avoir fait un pacte de non-agression avec celui-ci en prévision de la commission Charbonneau.

La juge France Charbonneau a pris les devants ce matin à la reprise du témoignage de Jocelyn Dupuis pour le questionner sur sa soudaine réconciliation avec Tony Accurso, son ennemi juré en 2009. «Que se passe-t-il maintenant pour que vos propos soient plus nuancés? Pourquoi en 2012 vous l’appelez votre ”chum”? Que s’est-il passé? Un pacte a-t-il été fait pour ne pas parler?»

Jocelyn Dupuis a catégoriquement nié : «Il y a eu aucun pacte.» L’ex-syndicaliste a expliqué que c’est son avocat Robert La Haye qui lui a déconseillé de, comme il prévoyait le faire, sortir publiquement en raison de son procès.

Le témoin a indiqué que son rapprochement avec Tony Accurso s’est effectué à la fin de 2010. Il a précisé avoir été approché par son fils, Jimmy Accurso, pour aider leur entreprise à soumissionner pour la 3e phase d’Alouette.

Me Gallant a rapidement mis à mal son histoire, présentant un chèque de 56 437$ daté de décembre 2009 fait par une compagnie d’Accurso, Louisbourg, à une compagnie de Jocelyn Dupuis.

Le témoin a fini par reconnaître que le rapprochement a plutôt dû se produire en 2009 puisqu’il dit que le chèque couvrait du travail effectué depuis «quelques mois». Il assure que leur conflit était uniquement lié à ce qu’il considère comme une intervention injustifiée de l’entrepreneur dans l’élection à la FTQ-Construction.

 

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